Mardi 01 Avril 2008

Éric Biétry-Rivierre
01/04/2008 | Mise à jour : 11:25

Dieu à deux têtes, dieu-oiseau multicolore, singe... Ce sont dans ces linceuls, qui datent d'entre 200 avant et 200 après Jésus-Christ, que s'inscrivaient et se perpétuaient les mythes de la civilisation Paracas. (DR)

Pour la première fois, le Pérou autorise la sortie de ces linceuls tissés il y a 2000 ans. En signe de reconnaissance pour les travaux de restauration menés par une mission française, ils sont montrés à partir d'aujourd'huiau Musée des arts premiers.

Francisco Pizarro cherchait l'or des Andes. Les Indiens lui en donnèrent des monceaux, car pour eux existait un bien beaucoup plus précieux, un trésor plus difficile à constituer que n'importe quelle pièce d'orfèvrerie. Et peu importait qu'il ne brillât pas. Il s'agissait des tapisseries dans lesquelles leurs morts étaient inhumés. Leur tissage et leurs broderies pouvaient prendre plusieurs années et, pour ces sociétés sans écriture du Pérou ancien, c'était surtout dans ce coton, mêlé de laine d'alpaga, que s'inscrivaient et se perpétuaient les mythes. Dieu-serpent à deux têtes, dieu-oiseau multicolore, dieu-orque, trinité terre-air-eau dans les entrelacs de laquelle s'ajoutent le jaguar et le puma, symboles du mouvement, et le guerrier, image de la force : ce panthéon pré-incaïque date de 3 500 av. J.-C.

On peut aujourd'hui en admirer l'expression dans les textiles miraculeusement préservés de la civilisation Paracas, une société du désert côtier qui enterrait les siens sur une presqu'île absolument sèche. Cette nécropole fut pour la première fois fouillée par une équipe d'archéologues entre 1925 et 1929. Elle exhuma 429 paquets funéraires appelés fardos. Ouverts au Musée national de Lima, ils révélèrent des milliers de linceuls de différentes tailles parfois plus de vingt mètres qui emmaillotaient des momies demeurées assises en position fœtale. Non seulement ce fonds présente des motifs sans équivalent connu, mais on peut dire qu'il s'agit là des plus anciens textiles du monde puisqu'ils datent d'entre 200 avant et 200 après Jésus-Christ. Même les soieries chinoises ne sont pas aussi anciennes. Exceptionnellement, vingt-six de ces pièces qui ne sortent jamais du Pérou, tant à cause de leur caractère précieux que de leur extrême fragilité, ont été prêtées à la France et sont exposées à partir d'aujourd'hui au musée parisien du quai Branly.

 

« Des instruments de métamorphose pour l'au-delà »

 

Notre pays est ainsi remercié de l'importante campagne de restauration initiée par Jacques Kerchache, marchand d'art et ami de Jacques Chirac qui fut son conseiller pour la réalisation de l'actuel musée des arts premiers. La mission fut menée sur place, de décembre 2004 à novembre 2006, avec un budget de 68 000 €. « Autour de quarante-trois pièces majeures, nous avons échangé nos compétences, expertises et savoir-faire, explique Carmen Thays, responsable du département des textiles du Musée national d'anthropologie, d'archéologie et d'histoire de Lima. On a parfois remis en place les fils et la trame tout entière afin de redonner une visibilité aux motifs. » Rien de moins simple quand on sait que le Pérou recense trente-deux techniques différentes de tissage et que les Paracas, pêcheurs du Pacifique et donc experts en nœuds de filet, aiguilles de cuivre et autres épines de cactus, maîtrisaient les plus complexes. Celle notamment à 398 fils par pouce carré !

Au cœur d'une scénographie expliquant les funérailles paracas, leurs offrandes, la manière dont le fardo était conçu comme un oignon conique, enrichi d'objets en os, pierre, bois, poteries et céramiques, puis enterré sous une profondeur de un à quatre mètres de sable, les textiles présentés sans momies, interdites, elles, de voyage (loi internationale sur les restes humains oblige), sidèrent par leur raffinement. « Les multiples combinaisons de personnages chamaniques qu'on peut y voir, la symbolique du nouage, les rythmes chromatiques dans les 190 teintes dénombrées, les variations dans la symétrie des motifs : tout cela prouve à quel point ces textiles ne sont pas de simples parures ornementales mais bel et bien les instruments de métamorphose pour l'au-delà », explique Danièle Lavallée, commissaire de l'exposition. Et pour démontrer encore le caractère sacré des textiles, l'ethnologue rappelle qu'il arrivait aux Incas de sacrifier aux dieux de telles richesses en les brûlant sur leurs autels.
« Paracas, art rituel : mythes et symboles du Pérou ancien », galerie Jardin du Musée du quai Branly, Paris VIIe, jusqu'au 20 juillet. Tél. : 01 56 61 70 00. www.quaibranly.fr. Catalogue Quai Branly/Flammarion 216 p., 39 €.
» Des motifs qui inspirent Picasso et les arts décoratifs
» Des trésors en voie de disparition

http://www.lefigaro.fr/culture/2008/04/01/03004-20080401ARTFIG00411-les-plus-vieux-textiles-du-monde-au-quai-branly.php

publié par Laura VANEL-COYTTE dans: Ce que j'aime,ce qui m'intéresse dans la vie
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Commentaires

C'est fantastique !!! J'aimerais les voir ces vieux textiles ! Merci Laura et bonne soirée.
Commentaire n° 1 posté par: elisabeth(site web) le 02/04/2008 - 22:01:26

Et nous deux aussi...

réponse de: Laura VANEL-COYTTE (site web) le 03/04/2008 - 11:09:33

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