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Vendredi 29 Août 2008
 

Stanislas Gros   Le portrait de Dorian Gray, de Oscar Wilde
Delcourt - Ex-Libris 2008 /  9.80 € - 64.19 ffr. / 64 pages
ISBN : 978-275601120-2
FORMAT : 22,6x29,8 cm
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Le portrait de Dorian Gray… un classique de la littérature anglaise, un peu ironique, un peu fantastique, un peu philosophique, un peu mondain… On connaît l’histoire de ce dandy dont le portrait va s’avilir à sa place, mais jusqu’à quel point ? Derrière une apparence angélique, un monstre froid et égoïste, égotiste même, qui finit par perdre son âme et sa vie dans l’affaire. « La nature imite l’art » disait le dandy Oscar Wilde, un brin provocateur, et qui paiera cher, en la geôle de Reading, des goûts anticonformistes. Un monument donc, à adapter tout en finesse pour éviter de tomber dans la grosse facilité… et pour cela, il fallait une collection ambitieuse, comme Ex-Libris, et un auteur audacieux, respectueux de l’œuvre sans être trop soumis. Stanislas Gros, qui avait déjà fait la démonstration d’un beau talent « hugolien », livre ici un Dorian Gray ébouriffant, un mélange de réalisme naïf et de fantaisie colorée, qui devrait ravir les connaisseurs.

Après Le dernier jour d’un condamné (Delcourt, 2007), adaptation très réussie du chef d’œuvre engagé de Victor Hugo, Stanislas Gros confirme donc ici un talent très sûr, très mur, qui croise les inspirations et les styles, s’amuse à pasticher et sait jouer avec son lecteur autant qu’avec son texte. Sur un texte classique, bien adapté, Gros ne s’est pas contenté d’une adaptation fidèle : c’est bien une relecture, ou même, un portrait de groupe, celui des auteurs « décadents ». On y croise Huysmans et son Des Esseintes (A rebours), Conan Doyle et Sherlock Holmes, des morceaux littéraires choisis (Baudelaire, Laclos…) et même quelques préraphaélites en goguette. Et cela dans un mariage de couleurs qui, comme l’album, sait jouer de la provocation tout en séduisant. Les amateurs apprécieront de croiser, au cours de la lecture, quelques connaissances, et les curieux trouveront, en fin de volume, les références. Bref, un album à déguster et à jouer autant qu’à lire, une variation riche et surtout une magnifique relecture, comme un hommage à la fantaisie et l’insolence d’Oscar Wilde.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 07/07/2008 )

http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=16&srid=49&ida=9620

Mercredi 27 Août 2008
Dans son Voyage en Russie, qui fut publié en 1867, Théophile Gautier notait : « Un des plus vifs plaisirs du voyageur, c’est cette première course à travers une ville inconnue de lui, qui détruit ou qui réalise l’imagination qu’il s’en était faite ». Quinze ans auparavant, le même sentiment l’animait lorsqu’il arriva à Constantinople pour un séjour de deux mois. Le récit de ce périple, de Marseille à la Turquie, en passant par Malte et la Grèce vient d’être réédité aux éditions Bartillat, précédé d’une intéressante préface de Stéphane Guégan (Constantinople, Bartillat, 420 pages, 22€).

Ce livre est à conseiller aux amateurs de récits de voyage, mais aussi à ceux qui connaissent déjà Istanbul ou qui envisageraient de s’y rendre. S’il ne remplace pas un guide touristique mis à jour des dernières adresses utiles, il le complète parfaitement car il y a chez Gautier quelque chose d’indéfinissable, d’intemporel et d’humain qui fait que ce texte, vieux de plus d’un siècle et demi, contribue à nous faire mieux saisir les réalités d’aujourd’hui, faites d’un mélange subtil d’évolutions et… de régressions.

L’Orient (au sens général) de Gautier fut longtemps un Orient rêvé ; la place que cette partie du monde occupe dans son œuvre le prouve. Hors de l’Europe, il n’avait trouvé le dépaysement qu’en Algérie, mais, comme la plupart des romantiques, il brûlait de visiter les horizons plus lointains que ses maigres revenus rendaient inaccessibles. Il souffrait aussi de cette « maladie bleue » qui agissait chez lui comme un mal du pays inversé : lorsque Paris lui pesait trop, lui semblait une terre d’exil, il lui fallait se ressourcer ailleurs, sous des cieux exotiques et ensoleillés. C’est dire avec quel enthousiasme il s’embarqua pour l’Empire Ottoman, à la demande d’Emile de Girardin, en 1852. Le patron de La Presse voulait un feuilleton pour fidéliser ses lecteurs, Gautier ne le décevra pas.

Comme tous les voyageurs de son temps, son Orient imaginaire, il l’avait créé de toutes pièces à travers les récits de ses prédécesseurs (notamment Chateaubriand, Nerval, Hugo et Maxime Du Camp) et les tableaux orientalistes pour lesquels il montrait une particulière prédilection (Decamps, Delacroix, etc.). Une telle approche pouvait facilement conduire à une vision de carte postale où se seraient accumulés les stéréotypes. C’était sans compter avec l’esprit de Gautier, son œil acéré d’observateur, sa curiosité de « l’autre » en tant qu’être issu d’une culture différente.

Certes, on n’échappe jamais aux éléments de son rêve, construit jour après jour, livre après livre (fictions ou récits), influencé aussi par une image collective véhiculée par la société dans laquelle on vit. La confrontation au réel peut donc décevoir, et Gautier ne dissimule pas cette déception, notamment de trouver sur place les traces d’un Occident qu’il avait voulu fuir. Là où il attendait le dépaysement d’un décor des Mille et une nuits, il découvrait aussi un modernisme naissant et une jeunesse dorée habillée à la dernière mode de Paris.

Naturellement, il ne parvient pas totalement à s’éloigner de tous les clichés. Tel lieu, telle scène, tel personnage lui fournissent l’occasion d’une comparaison avec ce qu’il connait déjà et surtout – les livres de l’époque n’étant pas toujours illustrés – avec des références connues ou facilement assimilables par ses lecteurs, comme lorsqu’il évoque les « Zeibecks dont les tableaux asiatiques de Decamps ont rendu la physionomie familière à tout le monde », ou en appelle aux gravures anglaises pour brosser l’aspect d’un quartier. De même retrouve-t-on sous sa plume le stéréotype d’un Orient cruel, violent, sensuel et luxueux.

Pour autant, Gautier ne se limite pas à ces images auxquelles les lecteurs s’attendent pour en avoir lu à de nombreuses reprises la description et qui, à ses yeux, correspondent aussi à certaines scènes dont il est le témoin. Il s’intéresse – et c’est là l’un des traits les plus originaux de l’écrivain – à l’envers du décor : il visite les quartiers les plus pauvres (presque toujours ignorés des voyageurs occidentaux), s’égare dans les ruelles, se fond dans la foule coiffé d’un tarbouch, se plonge dans l’atmosphère des cafés et du bazar autant qu’il visite les monuments ou assiste aux démonstrations des derviches tourneurs. Seule lui manque la possibilité de communiquer directement avec la population dans sa langue. Pour palier cette difficulté, il décrit ce qu’il voit, avec sa précision habituelle et un vocabulaire d’une grande richesse (jusqu’à devenir parfois technique). Le chapitre consacré au théâtre d’ombres et à ses textes rabelaisiens reste un modèle du genre et nous édifie sur la régression puritaine d’une Turquie contemporaine qui a récemment censuré, dans les manuels scolaires, La Liberté guidant le peuple de Delacroix à cause d’un sein dévoilé… Les rencontres faites au hasard d’une promenade sans but précis lui plaisent bien davantage que les itinéraires touristiques fléchés ; en « piéton de Constantinople », il s’en explique :

« Cette flânerie à travers les rues fait malgré moi vagabonder ma plume ; la phrase suit la phrase comme le pas suit le pas ; la transition manque, je le sens, entre tant d’objets disparates, mais il serait peut-être inutile de la chercher ; acceptez donc tous ces petits détails caractéristiques, habituellement négligés par les voyageurs, comme des verroteries de couleurs diverses réunies sans symétrie par le même fil, et qui, si elles sont sans valeur, ont au moins le mérite d’une certaine baroquerie sauvage. »

S’il consacre un chapitre entier à la femme orientale, ce n’est pas, comme beaucoup de ses prédécesseurs, pour valoriser sa virilité en suggérant une aventure. A la question : « Et les femmes ? », il se livre avec sincérité :

« Chacun y répond avec un sourire plus ou moins mystérieux selon le degré de fatuité, de manière à faire sous-entendre un respectable nombre de bonnes fortunes. Quoi qu’il en coûte à mon amour-propre, j’avouerai humblement que je n’ai pas la moindre indiscrétion de ce genre à commettre, et je serai forcé, à mon grand regret, de priver ma relation du récit de toute aventure amoureuse ou romanesque. »

En outre, privilégiant la réalité au fantasme, il n’évoque pas les sérails comme ses lecteurs pouvaient les imaginer ; il écrit plutôt que ces « boites à grillages serrés […] ressemblent furieusement à des cages à poulets » et détruit une partie du mythe né des Mille et une nuits :

« Dans les pays du nord, on se fait, d’après les contes arabes, une idée exagérée de la magnificence orientale, les esprits les plus froids ne peuvent s’empêcher d’élever en imagination des architectures féériques avec des colonnes de lapis-lazulis, des chapiteaux d’or, des feuillages d’émeraude et de rubis, des fontaines de cristal de roche où grésillent des jets de vif-argent. »

Constantinople est le livre d’un amoureux de la ville qu’il visite. Cet amour le poursuivra sous les formes les plus diverses ; ainsi, il portera, à l’occasion de bals costumés, des déguisements turcs, les caricaturistes colporteront de lui cette image, il sera l’ami de Khalil-Bey, diplomate, collectionneur et propriétaire de L’Origine du monde. Il ira même jusqu’à se surnommer « le Turc », la dédicace d’un portrait à l’éditeur Michel Lévy le prouve.

Souvent, lire le texte introductif à une œuvre s’apparente à un pensum ; tel n’est pas le cas ici et l’on ne peut que recommander la préface de Stéphane Guégan, aussi éclairante que bien documentée. La 4e de couverture précise que cet auteur, responsable du service culturel du musée d’Orsay, prépare une biographie de Théophile Gautier. Tous ceux qui aiment ce « parfait magicien ès lettres françaises », comme le qualifiait Baudelaire dans sa dédicace des Fleurs du mal, ne peuvent qu’attendre avec impatience une telle publication.

Illustrations : Intérieur de Saint-Sophie, gravure anglaise - Un café à Constantinople, gravure italienne - Caricature de Théophile Gautier par Mailly - Portrait de Gautier, gravure de Mouilleron - Dédicace à Michel Lévy 

http://savatier.blog.lemonde.fr:80/2008/05/15/theophile-gautier-constantinople/

publié par Laura VANEL-COYTTE dans: Ce blog
Mardi 26 Août 2008

Fan Yi-Fu - Peintre

Jeudi 3 juillet 2008 Fan Yifu présente une exposition au titre poétique : « Écran des rochers, sentier des pins » à la galerie Sinitude. D’ailleurs chaque peinture a un nom tellement beau et qui va si bien avec la peinture auquel il se réfère.

Fan Yifu peint depuis bien longtemps et fait son apprentissage auprès de deux grands maîtres de la peinture chinoise moderne, Liu Jiyou et son père Fan Zeng. Pour commencer son père Fan Zeng est un très célèbre peintre en Chine. Mais il peint plutôt des personnages. Alors Fan Yifu lui peint des paysages. C’est magnifique ! Fan Yifu réinterprète le paysage, c’est un mélange entre le réel et l’imaginaire. Sa peinture est le reflet de la communication entre lui et le paysage. Fan Yifu possède une vraie maitrise des techniques chinoises avec une belle part d’art occidentale (il admire le peintre Corot)

Fan Yifu quitte la Chine en 1989 après les manifestations de la place Tian’anmen et s’installe au Japon. En 1991 il finit par s’installer en France où il rejoint son père. Il pense que les conditions humaines pour la création artistique sont meilleures en France qu’ailleurs. Il décide alors que la peinture sera son métier et sa spécialité devient des paysages sur soie ou papier à l’encre de Chine.

C’est Fan Yifu et son célèbre père Fan Zeng qui ont crée Sinitude en 1999. Auparavant Sinitude était une association culturelle chinoise qui promouvait l’art chinois (gravure, calligraphie, peinture…) et organisait des expositions centrées sur la culture traditionnelle chinoise. Aujourd’hui la galerie parisienne se veut plus "moderne" et présente des jeunes artistes chinois contemporains comme LI Fang et aujourd’hui Fan Yifu avec comme média la peinture à l’huile, l’encre de Chine, la sculpture ou la photo. Par ailleurs Sinitude est également implanté au centre de Pékin et y présente en retour l’art contemporain européen.

http://marais.evous.fr/FAN-Yi-Fu,3177.html

publié par Laura VANEL-COYTTE dans: Ce blog
Lundi 25 Août 2008
Vendredi 22 Août 2008
de Edgar Allan Poe, Enki Bilal (Scénario), Pascal Somon (Scénario et dessin)

Catégorie(s) : Bande dessinée => Divers

critiqué par Shelton, le 15 juillet 2008
(Chalon sur Saône - 52 ans)

La note:

Peindre est un art dangereux !

Certains peuples pensaient, lorsqu’ils virent pour la première fois un appareil photographique et son fruit la photo que cela pourrait bien enlever l’âme de l’être humain. Oui, et cette croyance perdure encore quelque peu… Certains pensent même que de se laisser dessiner par un artiste présente quelques risques…
Edgar Allan Poe, écrivain du dix-neuvième siècle admirablement traduit de la langue anglaise par un poète français, Charles Baudelaire, a pris le temps d’écrire une nouvelle, Le portrait ovale, la dernière des Nouvelles histoires extraordinaires, un texte sur cette délicate question : que se passe-t-il quand une femme admirablement belle et douce se laisse dessiner par un artiste habité par son art ?
Je ne suis pas là pour vous raconter cette nouvelle, somme toute assez courte. Sachez qu’elle fut écrite aux environs de 1842. La traduction en langue française est de 1855. Ces deux petits détails historiques ont de l’importance car si nous avions à adapter cette nouvelle en bande dessinée, nous choisirions probablement un vieux château, perdu sur une lande écossaise, noyé dans le brouillard et la nuit à peine traversée par une once de lumière lunaire… Quand on lit le texte original, on sent la poussière et l’humidité de cette demeure abandonnée depuis déjà quelques temps probablement à cause de la guerre qui faisait rage sur cette terre…
La chambre décrite est froide, parcourue par un courant d’air désagréable, l’éclairage du candélabre allumé par les soins de notre domestique ne change rien à tout cela et c’est avec beaucoup de difficultés que nous commençons à lire ce vieux volume trouvé dans la chambre qui nous donne toutes les explications sur ces peintures désormais sans maître…
Mais voilà, Pascal Somon n’est pas un illustrateur banal et ce n’est pas le cadre qu’il a choisi pour son travail. Ce n’est pas une surprise pour ceux qui auront vu que la préface de l’ouvrage est signée Enki Bilal…
« Pascal Somon… est simplement pervers. Il faut l’être pour prendre un texte de Poe comme béquille et s’appuyer dessus… histoire de montrer qu’il tient bien debout ! »
Contrairement à ce que laisse voir la couverture, dès le premier dessin de Pascal Somon le lecteur est embarqué dans le futur lointain, un futur qui sent et respire l’univers bilalien… Mais pour une fois, si la guerre est présente dès les premières vignettes, la place importante est faite à l’art, à la philosophie, à la vie… La femme dessinée, peinte et dévorée par l’artiste est belle et digne de Bilal mais elle n’est qu’au second plan grâce à une grande place faite à la réflexion sur la création artistique… et tout cela avec très peu de mots…
Car c’est bien là le génie de Pascal Somon, raconter avec des images. Une nouvelle qui est offerte intégralement au lecteur au début de l’ouvrage, moins de neuf mille caractères, se retrouve en bédé avec soixante dix neuf vignettes et très peu de textes, tous tirés de la nouvelle sans aucun phylactère… C’est une merveille d’adaptation qui met en valeur les qualités inhérentes à cet art narratif, du texte et du dessin liés par une histoire accompagnée d’une bande son, très paisible dans cet exemple même si la guerre initiale ne peut que se faire entendre…
Cet ouvrage est un bijou, un objet admirable et un plaisir des yeux. Le format à l’italienne ne fait qu’ajouter au bonheur… Je voudrais, aussi, bien insister sur les images offertes par le texte de Poe qui permettent à tous ceux qui veulent en faire une adaptation bédé de faire une œuvre personnelle en s’appropriant le texte et en nous l’offrant nouveau et unique… Il faut de grands textes pour permettre aux artistes d’en faire de grandes adaptations !

http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/17396

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