
Belle journée pour les Français hier dans les Alpes : Cyril Dessel a remporté la 16 e étape devant Sandy Casar. Franck Schleck reste en jaune.
Dessel a signé le premier succès pour son équipe AG2R, le deuxième pour le cyclisme français depuis le départ après celui de Samuel Dumoulin à Nantes, lors de la troisième étape. A l ’ arrivée à Jausiers, au pied du col de la Bonette, il a réglé au sprint ses trois derniers compagnons d ’ échappée, dans l ’ ordre le Français Sandy Casar, l ’ Espagnol David Arroyo et l ’ Ukrainien Yaroslav Popovych. Dessel (33 ans) avait porté en 2006 le maillot jaune pendant une journée suite à sa deuxième place de l ’ étape de Pau, avant de prendre la sixième place du classement final. Le coureur de Rive de Gier (Loire), dont la saison suivante a été gâchée par les suites d ’ une toxoplasmose, a remporté cette année une étape du Tour de Catalogne puis une étape du Dauphiné. « Dans les premières étapes, j ’ avais des sensations moins bonnes que les semaines précédentes, à cause d ’ un problème à la selle.
Mais la journée de repos m ’ a fait beaucoup de bien » , s ’ est félicité le Forézien, vainqueur d ’ étape pour la première fois sur le Tour. Dans la plus petite ville-étape du Tour 2008, les autres rescapés de l ’ échappée lancée dès l ’ ascension de la Lombarde, ont franchi la ligne avec une vingtaine de secondes de retard (Hincapie, Portal, Valjavec, Schumacher).
Menchov perd 35 seconde s
Les favoris n ’ ont pu vraiment se départager, à l ’ exception de Christian Vande Velde qui a été débordé dans l ’ interminable (25,5 km) montée de la Bonette. L ’ Américain, qui occupait la cinquième place du classement général au départ de Cuneo (Italie), a cédé plus de deux minutes et demie. Autre victime, relative toutefois, du jour, le Russe Denis Menchov a été lâché dans la longue descente de la Bonette vers Jausiers, dans le grandiose décor des Alpes du Sud. Sur la ligne, le Russe a lâché 35 secondes à ses rivaux directs et a rétrogradé d ’ un rang, à la cinquième place (à 1 ’ 13 ’’ du leader). L ’ équipe CSC a mené comme prévu dans la montée de la Bonette, sous la conduite d ’ Andy Schleck, le frère cadet du maillot jaune. Mais l ’ opération s ’ est avérée sans résultat productif par rapport à l ’ Australien Cadel Evans. « On avait l ’ intention de sortir dans le haut du col mais il y avait beaucoup de vent de face dans les quatre derniers kilomètres. On aurait gâché des forces » , a expliqué Frank Schleck qui a fait jeu égal, au final, avec Sastre, Evans et le grimpeur autrichien Bernhard Kohl, en tête du G rand P rix de la Montagne.
Les Français sur le toit du Tour
Un Français vainqueur d’une étape de montagne ! On a beau se persuader chaque jour que les choses ont vraiment changé dans le Tour de France, on n’aurait jamais osé envisager un tel scénario. Cyril Dessel a pourtant réussi l’impensable hier à Jausiers. La petite commune des Alpes-de-Haute-Provence (à peine mille âmes si on ne fait pas entrer les bêtes à cornes dans le recensement...) a même été le témoin d’un doublé retentissant : Cyril Dessel s’est imposé devant Sandy Casar. Décidément, les Français ne font pas les choses à moitié. A Nantes, où Samuel Dumoulin avait levé les bras, un autre tricolore, Romain Feillu, avait revêtu la toison d’or. Hier, pas de maillot jaune pour un Français - faut quand même pas trop rêver - mais, sans faire injure à Dumoulin, le succès de Dessel est autrement plus fort. Car si le Stéphanois a gagné après une descente spectaculaire, c’était au terme d’une étape qui a vu le peloton franchir le toit du Tour, la cime de la Bonette, à 2.802 mètres d’altitude. Dans tous les guides du Tour, il est même stipulé que c’est la route goudronnée la plus élevée d’Europe. Ça vous classe un vainqueur. Qu’il soit français nous incite à l’optimisme. Oh, si les coureurs de l’Hexagone ne gagnent pas souvent, ce n’est pas seulement à cause du cyclisme à deux vitesses - nous sommes loin d’avoir des super champions - mais, aujourd’hui, ils peuvent oser sans être irrémédiablement condamnés à l’échec par des coureurs - ou, pire encore, des équipes - qui grimpent des cols à des allures supersoniques. C’est clair, la crise du carburant frappe aussi les coureurs cyclistes. Aujourd’hui, ils sont une majorité à fonctionner à l’ordinaire et, à Jausiers, ce n’est pas seulement Dessel qui a gagné : c’est aussi Pierre Bordry, directeur de l’Agence française de lutte contre le dopage, qui, c’est hautement symbolique, a suivi l’étape d’hier.
Sarkozy aurait dû venir...
Le paradis au col de la Lombarde, l’enfer sur la cime de la Bonette : le peloton du Tour a escaladé deux cols aux paysages complètement différents, hier. Nicolas Sarkozy n’est pas venu... Alors que sa présence sur l’étape d’hier était annoncée, le président de la République a renoncé « à cause d’un emploi du temps trop chargé. » On n’aura pas l’outrecuidance d’aller vérifier s’il avait vraiment du boulot mais il aurait vraiment dû venir. Pour au moins deux raisons. 1. Il aurait assisté à un doublé français et peut-être aurait-on vu là un effet Sarkozy. 2. L’étape empruntait un itinéraire grandiose. On ignorait que, pour passer de l’Italie, du moins pour aller de Cuneo à Jausiers, on traversait coup sur coup le paradis et l’enfer.
Paradis
Le paradis, c’était le Col de la Lombarde. On dirait que l’expression « Niché dans un écrin de verdure », qu’on trouve dans tous les bons guides de tourisme - les mauvais aussi, d’ailleurs -, a été créée pour ce sommet. Quelle vue ! Quel calme ! Quelle sérénité ! Tenez, même cet ancien confrère du Tour de France qui ne pouvait envisager de vivre dans un endroit paumé « sans au moins 120 chaînes et quatre maîtresses » aurait revu ses exigences à la baisse dans un lieu aussi exceptionnel. Difficile de croire que ce fut un théâtre de guerre. Jean Huitorel, la figure emblématique de l’athlétisme breton, nous rappelait pourtant que c’est là, avec son bataillon, qu’il a appris la signature de l’armistice dans l’après-midi du 8 mai 1945.
Paysage lunaire
La guerre, on aurait eu moins de mal à l’imaginer sur la Cime de La Bonette. Les suiveurs, qui ont eu la mauvaise idée de s’endormir dans l’ascension, et se sont réveillés au sommet, à 2.802 mètres d’altitude, ont dû mettre un certain temps avant d’alunir. Oui, oui, c’est bien le terme qui convient dans ce paysage lunaire où on chemine entre deux énormes tas de cailloux. Mais le sommet est encore moins impressionnant que le début de la descente. Demandez donc à John-Lee Augustyn ce qu’il en pense. Vous ne le connaissez pas ? Nous non plus, on vous l’avoue, jusqu’à ce qu’il sorte de l’anonymat pour passer en tête au sommet de la Cime. Juste avant de tomber dans l’abîme. Le Sud-Africain a dû se faire la frayeur de sa vie en se sentant glisser sur l’infernal toboggan et on se souviendra longtemps de son image de pauvre insecte agrippé à une main secourable. Elle l’a remis sur le droit chemin et il s’est classé 35 e à Jausiers. Voilà tout ce qu’a raté Nicolas Sarkozy à cause d’un emploi du temps trop chargé. Désormais, on ne se permet plus d’ajouter « comme un coureur cycliste ».
CHRISTOPHE LE MÉVEL (Crédit Agricole, 48 e à 10’57’’) : « Aujourd’hui, je voulais absolument aller devant et j’ai réussi à me glisser dans la première grande échappée. Ce n’est pas allé jusqu’au bout mais, au moins, je me suis fait plaisir. Au 40 e kilomètre, je suis sorti avec Voeckler, Dumoulin, Rosseler et Schumacher. Ensuite, Schumacher était trop fort pour nous mais, au sommet du Col de la Lombarde, je suis passé en deuxième position derrière lui. Après, je me suis retrouvé tout seul dans la vallée et c’est là que je me suis fatigué. Je n’ai pas réussi à passer le deuxième col avec le groupe qui est revenu sur moi et j’ai fini vraiment épuisé. Le plus important, c’était de se faire plaisir et j’en ai pris. Dessel a gagné ? Je ne le savais pas mais ça fait plaisir pour lui et du bien au cyclisme français. Surtout qu’il ne faut pas oublier que la première étape des Alpes a été remportée par Simon Gerrans qui, s’il est australien, fait partie du Crédit Agricole, une équipe française. C’est bien pour la suite. Dans l’avenir, un jour ou l’autre, le Maillot jaune sera français. Ai-je apprécié la beauté des cols ? Le premier oui, mais pas le second : là, j’ai pris un tir. Dans la descente, en revanche, je n’ai pas eu peur. »
YOANN LE BOULANGER (Française des Jeux, 62 e à 14’41’’) : « Aujourd’hui, j’étais à contretemps. J’ai essayé au début, deux ou trois fois. Après, 25 mecs partent et je ne suis pas dans ce coup-là. Ensuite, j’ai accompagné le groupe du Maillot jaune jusqu’à dix bornes du sommet de la Bonette. Là, j’ai craqué. Impossible de suivre. Dommage, vraiment dommage que Sandy Casar n’ait pas gagné. » DAVID LE LAY (Agritubel, 64 e à 17’24’’) : « Dans le premier col, ça allait. Dans le deuxième, ça allait trop vite pour moi au pied mais après, avec Pineau, on a repris plein de gars. Dans la descente, je n’ai pas pris de risques. Demain, je vais découvrir L’Alpe-d’Huez que, jusqu’à présent, je n’ai vu qu’à la télé. » BENOîT VAUGRENARD (Française des Jeux, 89 e à 24’19’’) : « C’est le genre d’étape dont je n’attendais rien à titre personnel mais j’espérais que Sandy la gagne. J’ai d’ailleurs eu une fausse joie car, dans la descente, un spectateur m’a annoncé sa victoire. »