Fête de la Musique : le programme
De Paris à Nice en passant par Lyon, Nantes ou Strasbourg, la musique envahit les rues le 21 juin. Des centaines de concerts prévus.
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Ils nous regardaient comme des extra-terrestres». Et pour cause. Le langage du pitch comportait des mots étranges à l’époque - et peut-être encore un peu aujourd’hui - comme fusion, hip hop, metal. «Depuis, on a compris que pour atteindre ces mêmes sponsors, il fallait qu’on atteigne leur cœur de cible (les 15-25 ans, NDLR), et maintenant, c’est fait».
F.O.L., COC, RUC..., des déménagements fréquents générateurs de contraintes
En une décennie, petit Boulevard est devenu grand. Sur sa chaussée, les principaux groupes musicaux d’aujourd’hui ont roulé leur bosse. Pour les Hoba Hoba Spirit, Darga, H Kayne…, il y a eu un «avant» et un «après» L’Boulevard. Une occasion de briller, de se produire en conditions réelles, d’être plus qu’entendus : écoutés et regardés.
Cette année, justement, l’anniversaire du festival sera une célébration du produit «local». Une quarantaine de groupes se produiront sur la grande scène, dont Hoba Hoba Spirit et Darga, Mazagan, Fes City Clan, Moby Dick, Bigg, Anaconda et Oueld Chaab. La plupart sont des «enfants du Boulevard», pour y avoir participé ou, mieux, y avoir gagné. Ils règnent aujourd’hui sur les ondes. «L’Boulevard a le mérite d’exister parce que c’est le seul qui donne de l’espoir aux jeunes générations. Nous, il nous a confirmés dans le choix de former un groupe et de tenir bon», affirme Anouar Zehouani, membre de Hoba Hoba Spirit.
Pour les graines de musiciens, c’est «Le Tremplin du Boulevard» qui fait office de tamis pour les débutants. Cette année, et pour la première fois, la compétition s’est déplacée à Rabat et a posé ses valises dans l’enceinte du théâtre Mohammed V les 9, 10 et 11 juin. Aller vers d’autres villes que Casa semble être un des nouveaux objectifs du festival.
Les organisateurs ont reçu pas moins de 150 maquettes, du bon et du moins bon, dont une bonne centaine de rappeurs. Les groupes ont été sélectionnés par un jury dont Momo Merhari et Hicham Bahou font partie. Si le rap domine, les autres styles musicaux sont présents, la techno à un moindre degré. «Le Tremplin est important pour les groupes, explique Momo Merhari, car c’est la première fois qu’ils sont exposés, au public et aux médias.
Les groupes ont également bénéficié du relais Internet, à travers des blogs et des webzines, comme nextline.ma». Sur le web, le buzz autour de L’Boulevard était intense à l’approche de l’événement. «A partir d’avril, toute une activité se développe», affirme Meryem Saadi, membre de l’équipe de L’Boulevard. «Sur les sites communautaires comme Facebook ou Myspace, mais aussi par de simples e-mails des groupes qui ont participé au Tremplin et veulent savoir s’ils ont été pris», ajoute-t-elle.
Dix jours après le Tremplin, L’Boulevard installera sa scène, à Casablanca, et plus précisément au Stade de l’Etoile (près du RUC). Pourtant, c’était à l’aérodrome d’Anfa que le 10e anniversaire devait être célébré. A quelques jours du début du festival, l’équipe a dû se trouver un nouveau local, une mésaventure de plus pour L’Boulevard. Né dans les locaux de la F.O.L. (Fédération des Œuvres laïques), il y a poussé pendant ses trois premières années, puis il a «squatté» le stade du COC les trois années suivantes et swingué entre le COC et le RUC les trois dernières. Et qui sait où se tiendra sa 11e édition.
Les mêmes aléas logistiques se retrouvent du côté du budget. Et pourtant, il est loin d’être énorme pour le seul rendez-vous de musique par et pour les jeunes : 3 millions de dirhams, assurés en majeure partie par les sponsors. En dix ans, aucune contribution à noter de la part des villes ou de l’Etat. «De toute façon, nous n’avons jamais rien demandé. Cela répond à notre souci d’indépendance et à l’idée que nous nous faisons de notre festival : un événement underground et libre», explique Momo.
Pourtant, lorsque vient l’heure du festival, il faut bien apprendre à négocier. Et là, la réactivité des autorités locales laisse à désirer. «On demande des barrières de sécurité, on ne les reçoit pas. Ou bien on en demande 400, on en reçoit 25. C’est un peu bizarre pour des spectacles de 25000 personnes», ironise Momo.
Les têtes d’affiche étrangères sont un produit d’appel, mais les groupes marocains sont devenus tout aussi importants sinon plus
L’autre grande partie du budget va traditionnellement aux invités. L’année dernière, 17 groupes étrangers étaient invités à se produire au Maroc, dont les rappeurs d’Immortal technique, les rockeurs anglais de Paradise Lost, ou encore les Espagnols de Macaco, en musique fusion. Cette année, seuls cinq groupes étrangers seront invités. «Les têtes d’affiche étrangères sont un produit d’appel, mais les groupes marocains sont devenus aujourd’hui un facteur marketing tout aussi important, sinon plus».
Et pour cause : les groupes locaux parlent le langage des jeunes Marocains, en plus de jouer les rythmes qu’ils aiment. Les organisateurs espèrent également que la présence de nombreux groupes marocains drainera davantage de spectateurs vers les grandes scènes. L’année dernière, 10 000 à 20 000 personnes avaient dansé aux rythmes des concerts au COC, alors qu’en 2006, on estimait qu’un record avait été atteint avec près de 40 000 spectateurs. Pour cette dixième édition, les portes du stade seront ouvertes de 14h30 à minuit non-stop.
En plus du public, l’équipe de L’Boulevard compte sur la présence de directeurs de labels, d’Afrique de l’Ouest, du Proche-Orient, du Canada, d’Europe ou des Etats-Unis. «L’objectif est d’avoir des producteurs pour ces jeunes groupes, mais aussi des dates de concerts à l’étranger».
Et, pour que Casablanca ne concentre pas toutes les initiatives, un réseau d’associations de petits festivals de musique actuelle est en gestation. Momo et ses amis parient sur le local pour développer le national. Mais comment éviter que tout ça ne reste qu’une action ponctuelle qui réapparaît chaque mois de juin? «C’est sûr, il faut pérenniser. Les jeunes musiciens ont besoin de structures permanentes, de studios de répétition, de salles de concert de musique amplifiée». Des vœux souvent répétés, rarement exaucés.
Pour cette édition, la couverture médiatique sera-t-elle moins encline à faire de L’Boulevard le «festival de toutes les débauches» ? «Je sais qu’ils font leur travail, mais réduire le festival à des petits trucs n’est pas acceptable. Des jeunes qui fument des joints ? Comme si ces jeunes avaient attendu le festival pour fumer! Ou deux jeunes qui s’embrassent ? Laissez-moi rire ! Il faut dire aussi que ces médias ne comprennent rien à cette musique», se désole Momo.
Pour les éditions précédentes, l’équipe de L’Boulevard avait instauré un prix d’entrée, symbolique. Cette année, l’accès sera gratuit pour tous les spectacles. «La musique est précieuse pour nos jeunes. Pas besoin qu’elle soit payante», justifie Momo. C’est surtout ça, l’esprit L’Boulevard .
Chama Benbrahim
Source: La Vie Eco
16/06/2008 | Mise à jour : 22:19 | Commentaires
Les astronomes pensent que chaque étoile de notre galaxie pourrait être entourée de planètes semblables à la nôtre.
Des astronomes européens ont annoncé, lundi, la découverte de trois «super-Terres» en orbite autour d'une étoile relativement proche de nous, et de deux autres systèmes solaires dotés de petites exoplanètes.
Ces annonces, effectuées lors du congrès Super Earths de Nantes, suggèrent que les exoplanètes ayant des caractéristiques voisines de celles de la Terre sont sans doute courantes dans l'univers. «Est-ce que chaque étoile compte des planètes et, si oui, combien ?», s'est interrogé l'astronome suisse Michel Mayor (observatoire de Genève), l'un des découvreurs de la première exoplanète en 1995. «Peut-être ignorons-nous encore la réponse, mais nous progressons énormément dans cette direction», a-t-il ajouté.
«De très proches voisines»
Le trio de planètes découvertes gravite autour d'une étoile légèrement moins massive que notre Soleil, à seulement 42 années-lumière de nous, dans les constellations Doradus et Pictor. «Elles sont très près de nous à l'échelle de la galaxie», a expliqué l'astronome. «On peut parler de très proches voisines.» Elles sont toutes trois plus grosses que la Terre (l'une a 4,2 fois sa masse, une autre 6,7 fois et la troisième 9,4 fois) et tournent autour de leur étoile à des vitesses extrêmement rapides : de quatre à vingt jours contre 365 pour la Terre. Aucune n'est habitable du fait de leur proximité vis-à-vis de leur étoile et de la chaleur qui règne à leur surface (jusqu'à 1 500 °C).
Mayor et ses collègues ont eu recours au télescope Harps (High Accuracy Radial Velocity Planet Searcher) de La Silla, dans les montagnes du nord du Chili, pour effectuer ces découvertes.
À ce jour, plus de 270 exoplanètes ont été découvertes depuis 1995. La plupart sont des géantes proches de Jupiter et de Saturne. Les planètes de plus petit diamètre, proches de celui de la Terre, sont plus difficiles à détecter, en l'état actuel des techniques d'astronomie. Selon Mayor, il est clair que ces planètes ne sont que la pointe émergée de l'iceberg. L'analyse de toutes les étoiles passées en revue à ce jour avec le télescope Harps, dit-il, montre qu'un tiers des étoiles comparables au Soleil sont environnées soit de planètes dites «super-Terres», soit de planètes de type Neptune, dont la révolution excède les cinquante jours.
Dans son sens étymologique, le paysage est l'ensemble des traits, des caractères, des formes d'un territoire, d'un "pays", perçu par un observateur: il est donc une création, une interprétation de l'espace. Le paysage est une question de regard mais cette notion ne peut-être aujourd'hui réduite à sa connotation picturale car elle recouvre de nombreuses acceptions.
Sommaire |
Une notion complexe
La notion actuelle de paysage est somme toute assez récente. Avant d'être l'objet de représentations artistiques ou d'études architecturales, le paysage était un pays au sens originel du terme, c’est-à-dire une portion du territoire national avec une identité bien marquée, un lieu de vie et de travail pour les habitants locaux qui font partie de ce pays.
On peut entendre aujourd'hui des expressions comme "paysage politique", "paysage médiatique", etc. Le paysage peut donc également désigner un ensemble contextuel : vision des choses à un temps donné, le paysage est en constante évolution.
La notion de paysage oscille entre deux pôles :
- Le paysage considéré comme la résultante de l'action conjointe de l'Homme et du monde vivant (animal, végétal, fongique, etc.). C'est cette conception qui prédomine en écologie du paysage, écologie étudiant dans le temps et l'espace (unités biogéographiques) la dynamique et l'agencement des taches du paysage aux échelles intermédiaires entre le planétaire (biosphère) et le local. , les communications, les barrières, les fragmentations.
- Le paysage considéré comme la perception visuelle qu'on a de son environnement à perte de vue, à l'exception des points d'intérêts proches de l'observateur. On s'est référé également au paysage pour désigner sa représentation dans une œuvre. Les notions de patrimoine, d'esthétique et d'aménités donnant alors une valeur à ce paysage, variant selon les époques et jugée plus ou moins subjective et relative selon les acteurs.
Approche picturale
| Cet article fait partie de la série Peinture |
À partir de la définition initiale d'étendue de terre qui s'offre à la vue, la langue française a construit plusieurs notions proches dont celle de représentation d'un paysage par la peinture, le dessin, la photographie, etc. La représentation du paysage a un rôle important dans les arts graphiques parce qu'elle s'oppose parfois à la représentation des êtres, ou bien peut être aussi utilisée pour les symboliser (peinture religieuse par exemple).
Histoire du paysage en peinture
Dans l'antiquité grecque et romaine, le paysage n'est peint que comme fond ou environnement pour mettre en contexte une scène principale. Durant tout le Moyen Âge chrétien et la Renaissance, le paysage n'est conçu que comme œuvre divine et sa représentation fait référence à son créateur.
À la Renaissance, le paysage sert à exprimer les utopies urbaines et politiques émergentes. D'abord « perçu » au travers du cadre des fenêtres dans les tableaux représentant des scènes intérieures, il va prendre une place de plus en plus importante, jusqu'à occuper toute la surface de la toile. Parallèlement, les personnages des scènes religieuses en extérieur vont « rétrécir » jusqu'à n'être presque plus symbolisés que par les éléments du paysage (ex. : le Christ par une montagne).
Le paysage ne prend toutefois véritablement son essor qu'au XVIIe siècle, avec le développement du collectionnisme. En Flandres, la première représentation de paysage indépendant est celle de Joachim Patinir. On distingue alors trois types de paysages :
- le paysage classique, où se trouve représentée une nature idéale, grandiose, domptée par l'Homme. La représentation n'est alors pas crédible, mais recomposée pour sublimer la nature et la rendre parfaite ; en général, une histoire se cache dans ce type de paysages, dont les poncifs sont la présence d'éléments d'architecture romaine, combinés à une montagne ou une colline et à un plan d'eau. Les trois centres important de ce type de représentations sont Rome, avec Annibale Carracci, le créateur de ce type, et ses suivants l'Albane, Le Dominiquin, Poussin…, mais aussi Paris et la Hollande.
- le paysage naturaliste propose une vision plus humaniste, de l'harmonie entre l'Homme et la nature. En général, celle-ci est grandiose, abondante et sauvage, représentée lors de tempêtes, d'orages. Si cette vision est plus crédible, il n'est pas nécessaire qu'un lieu précis soit représenté. On trouve les représentants de ce type plutôt dans les écoles du nord, avec Rembrandt, Salvator Rosa et Rubens.
- le paysage topographique, qui représente nécessairement un lieu précis et identifiable, avec une nature présentée de manière plus humble. Ce genre est assez caractéristique de l'école hollandaise, où les peintres sont extrêmement spécialisés (il existe des peintres de paysages d'hiver, de forêts, de canaux, de villes…)
À l'époque romantique, le paysage devient acteur ou producteur d'émotions et d'expériences subjectives. Le pittoresque et le sublime apparaissent alors comme deux modes de vision des paysages. Les premiers guides touristiques reprennent ces points de vue pour fabriquer un regard populaire sur les sites et les paysages.
L'impressionnisme et l'école de Barbizon donneront ensuite un rôle très différent au paysage en en faisant l'objet d'une observation méticuleuse et relative en termes de lumière et de couleurs, dans l'objectif de créer une représentation fidèle à la perception vécue que peut en avoir un observateur. Cette fidélité, qui s'exprime par exemple dans les contrastes et les touches de façon « vibrante », est sans doute une des sources de la passion pour l'impressionnisme (on parle souvent de miracle impressionniste pour la précision du rendu d'artistes comme Claude Monet).
L'abstraction sous ses différentes formes retirera ensuite une grande partie de son importance au paysage en limitant la portée du réalisme et de la représentation, bien que l'on emploie souvent l'expression « paysagisme abstrait » à propos de plusieurs peintres non figuratifs (Bazaine, Le Moal ou Manessier).
Approche géographique
Histoire de la notion de paysage en géographie
Le géographe Paul Vidal de la Blache, fondateur de l'école des Annales, a largement contribué à forger l'approche géographique des paysages dans la seconde moitié du XIXe siècle. Le paysage est alors conçu dans une visée objective et généalogique : il est le résultat des actions des hommes s'adaptant à leur environnement naturel au cours de l'histoire. Il devient un vaste ouvrage où le géographe peut distinguer les éléments naturels des éléments culturels, et leur intime mélange dans bien des régions, se succédant au cours du temps. Cette approche a longtemps dominé la pensée géographique française du paysage. Mais elle évacuait la question de la subjectivité, et celle de l'approche esthétique du paysage, c’est-à-dire celle du monde des Arts.
Dans les années 1970-1980, les géographes, sous la houlette de Georges Bertrand, ont commencé à considérer le paysage comme un objet hybride, faisant appel à la fois aux sciences naturelles (géomorphologie, écologie végétale, climatologie) et aux sciences sociales (territorialisation de l'espace, perception, phénoménologie, symboles politiques…). Georges Bertrand a ainsi créé un concept ternaire d'étude : géosystème - territoire - paysage, permettant d'étudier les dynamiques du paysage et son évolution. Une telle conception permettait de rendre compte de l'évolution d'un paysage, dépendant à la fois des processus naturels et des aménagements humains, dépendant des perceptions et des idéologies. Dans son article "Paysage et géographie physique globale" (Revue de géographie des Pyrénées et du Sud-Ouest, 1968) G. Bertrand, en se référant au paysage, synthétise cette idée en affirmant : "C'est, sur une certaine portion de l'espace, le résultat de la combinaison dynamique, donc instable, d'éléments physiques, biologiques et anthropiques qui, en réagissant dialectiquement les uns sur les autres, font du paysage un ensemble unique et indissociable en perpétuelle évolution".
Depuis une vingtaine d'années, l'étude des paysages par les sciences humaines est particulièrement vive en France, à travers les ouvrages d'historiens comme Alain Corbin ou de géographes comme Jean-Robert Pitte. Ce dernier se place dans une posture rompant avec les principes de Vidal de la Blache. Il insiste largement sur la place de la subjectivité et de l'évolution des perceptions, à travers nos modes de vie (voiture, avion, train) que les artistes viennent révéler grâce à leurs œuvres. Alain Corbin élargit aussi la question de la perception paysagère en ne la cantonnant pas qu'au visuel mais à tous les sens. Il a ainsi parlé de « paysage sonore » dans son ouvrage sur les cloches dans les campagnes françaises. La distinction entre une approche naturaliste du paysage et une approche culturaliste a été exprimée le plus fortement par le philosophe Alain Roger dans son célèbre essai Paysage et environnement : pour une théorie de la dissociation (1996, « Paysage et environnement : pour une théorie de la dissociation », in Le Dantec Jean-Pierre, Jardins et paysages, éd. Larousse) qui en appelle à totalement distinguer les deux notions.
Une définition du paysage aujourd'hui largement partagée est celle contenue dans la Convention européenne du paysage, signée sous les auspices du Conseil de l'Europe en 2000[1]. Selon cette définition « Le paysage définit une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l'action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations ».
Espaces vierges
La notion de paysage prend une autre dimension lorsque l'on franchit l'Atlantique. Le paysage américain, et particulièrement celui du Grand Ouest, rompit avec bien des canons européens. La découverte des grands espaces occidentaux des États-Unis (la conquête de l'Ouest), lors de la seconde moitié du XIXe siècle bouleversa totalement ses découvreurs, dignes successeurs de Humboldt. Ils furent face à des espaces sauvages, en regard d'une Europe quasi-entièrement anthropisée, et d'échelles sans commune mesure avec ceux de l'Ancien Monde. De plus ce fut l'occasion à un nouveau medium artistique de fournir sa vision du paysage : la photographie, alors que jusqu'à présent c'était la peinture qui avait eu la charge de cette représentation. Les photographies d'Ansel Adams dans le massif de la Yosemite Valley en sont exemplaires. C'est à cette occasion qu'a été forgé le concept américain de wilderness, difficile à traduire (sauvageté, monde sauvage, naturalité ?), pour qualifier ces grands espaces vierges.
La délicate étude du paysage [
Les dérives des études morpho-historiques
L’étude de paysage est délicate et controversée. Les tentatives de synthèse d’histoire rurale ou d’histoire du paysage de telle ou telle région, ayant l’ambition d’exploiter des sources écrites et non écrites, sont généralement soit des travaux rapprochant de manière superficielle des données archéologiques, morphologiques et textuelles pour produire un discours historique, soit des ouvrages de paléogéographie lacunaires et parfois anhistoriques.
La cause d’un tel échec est de vouloir réduire le réel à une schématisation systématique dès que celui-ci est perçu comme paysage aux formes complexes. Les historiens ont donc plus fait l’histoire d’un paysage irréel à force d’être réduit à des schématisations successives, que l’histoire la plus "réelle" possible de l’objet.
Or, le paysage n’est pas seulement une structure que l’on peut schématiser : il est un fonctionnement, une interaction dynamique permanente entre des éléments physiques et des éléments sociaux, et l’étude de la morphologie des paysages du passé doit donc être une géographie des espaces des sociétés du passé rendant compte de leurs dynamiques de transformation.
Une réalité épistémologique complexe
Etudier un paysage considéré comme fonctionnement, interaction dynamique, est rendue d’autant plus difficile qu’elle s’inscrit dans une situation épistémologique particulière :
- d’une part, l’histoire a pris l’habitude de se priver d’espace, à force de le réduire à un stéréotype, à une idée d’espace ;
- d’autre part, la géographie est partagée entre géographie physique et géographie humaine ;
- enfin, l’archéologie actuelle est profondément marquée par les sciences du paléoenvironnement, permettant l’accès aux composantes végétales et animales du paysage ancien, et par la géoarchéologie, traitant du sédiment, de son évolution et de sa relation avec les sociétés, de par l’aménagement du paysage et de l’agriculture.
Ainsi, une étude de paysage, qui pourrait être dite « archéologie des paysages », « morphologie dynamique des paysages » ou encore « paléogéographie », est donc au carrefour de plusieurs disciplines.
Les voies d’accès à la connaissance du paysage
Cette nécessité de rapprochements de disciplines est perceptible dans les différentes voies d’accès à la connaissance du paysage :
- L’exploitation des textes, des inscriptions, des cartes, des itinéraires, de la toponymie, etc.
- Les sources archéologiques, offrant une vision matérielle et ponctuelle de la réalité des structures (agraires ou autres)
- La prospection, avec son approche spatiale et matérielle
- L’archéomorphologie, cherchant à partir d’images du paysage ses formes
- Les sciences du paléoenvironnement, permettant de connaître les sols, les végétaux et les animaux
Vers une nouvelle organisation des champs scientifiques
Pour une étude de paysage, il ne suffit pas d’articuler entre elles des disciplines autonomes (histoire, géographie, etc.) possédant leur propre méthode et leur corpus documentaire. En effet, le paysage est à la marge de disciplines qui ne s’articulent pas vraiment :
- L’histoire, analysant les textes ;
- La géographie, analysant les régimes agraires et les phénomènes d’urbanisation ;
- L’archéologie, étudiant les sites ;
- La géologie des profondeurs.
L'étude de paysage appelle donc une nouvelle organisation des champs scientifiques permettant une approche systémique. Ces questions ont été largement traitées par Gérard Chouquer (directeur de la rédaction des Études rurales)[2], François Favory ou encore Philippe Leveau.
Approche écologique
Écologie du paysage
Le paysage naturel fait désormais l'objet d'un discipline scientifique à part entière, l'écologie du paysage, et est considéré comme un patrimoine commun à préserver.
En aménagement du territoire, la prise en compte des aspects paysagers d'un quelconque projet d'aménagement (rénovation, remembrement agricole, autoroutes, etc.) est désormais presque obligatoire. En effet le Plan local d’urbanisme des communes doit désormais le prendre en compte, et des lois comme celle du 8 janvier 1993 (dite "loi Paysage") permet la protection du paysage en tant que tel. Ainsi la plupart des projets d'aménagement, comme les plans de gestion des espaces naturels, comportent au préalable une analyse paysagère du milieu.
En application des principes de la Convention européenne du paysage, les pays européens sont tenus d'inventorier leurs paysages dans un souci d'aménagement, de gestion ou de préservation. En France, cet inventaire est réalisé sous la forme d'atlas de paysages, à l'échelle départementale ou régionale.
Politiques publiques du paysage
L’administration du paysage est encore récente. La première loi s’y rapportant date de 1906 et la stabilisation du service qui en a la charge s’est opérée en 1995 avec la création de la sous-direction des sites et paysages au sein de la direction de la nature et des paysages au ministère de l'écologie et du développement durable. Emmanuelle Heaulmé (École d’architecture et de paysage, Bordeaux) distingue trois grands modèles de perception et d’action qui, au cours du XXe siècle, ont ordonné la patrimonialisation des paysages :
- le « paradigme du pittoresque » : le paysage s’impose comme objet patrimonial dans la mesure où il se prête à un rapprochement avec une œuvre peinte (lois 1906 et 1930 sur les sites et monuments naturels)
- le « paradigme de l’environnement » à partir des années 1950 : inscription et classement, dans les années 1960 et 1970, de grands paysages naturels (ex. Landes et Gironde), et apparition d'une nouvelle politique qui s’attache, au-delà de la simple protection, à mettre en œuvre une véritable gestion des sites.
- le « paradigme du paysage culturel » depuis les années 1980 : attention portée au paysage en tant que forme sensible d’une interaction dynamique du naturel et du social.
Protection des paysages exceptionnels
L’État s’est donc peu à peu doté de pouvoirs réglementaires importants, notamment en faveur des paysages exceptionnels dits patrimoniaux. La loi de 1930 relative à la protection des monuments naturels et des sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque permet le classement des paysages les plus exceptionnels au titre des sites. Le classement offre une protection renforcée en comparaison de l'inscription, en interdisant, sauf autorisation spéciale du ministre compétent, la réalisation de tous travaux tendant à modifier l'aspect du site. Par ailleurs, les directives de protection et mise en valeur des paysages visent à assurer de façon sélective la préservation et la mise en valeur des principaux éléments structurants d’un paysage. Il existe également d'autres instruments de protection pour la sauvegarde des espaces naturels exceptionnels comme les réserves naturelles nationales, les parcs nationaux, les réserves biologiques, etc. Enfin on peut citer l'apparition de règles spécifiques dans certains espaces fragiles et/ou convoités, comme la loi montagne et la loi littoral, ou la création d'un sanctuaire pour les mammifères marins en Méditerranée (« sanctuaire Pelagos », accord fait à Rome le 25 novembre 1999).
Vers une politique des paysages du quotidien
En France, en 1971 a été créé un ministère chargé de la protection de la nature et de l'environnement, et depuis 1995, le ministre chargé de l’environnement et du développement durable est, au sein du gouvernement, responsable de la politique des paysages, cadrée notamment par la loi paysage.
Il faut enfin rappeler que la plupart des instruments de protection paysages relève des collectivités locales. Les élus locaux jouent un rôle central car ils se font les porte-parole des attentes de leurs administrés et ils justifient la pertinence locale des problèmes paysagers avec une argumentation sociale.
On constate donc la progressive mise en place d’une véritable politique des paysages, laquelle a pour objectif de « préserver durablement la diversité des paysages français ».
Paysagiste
La gestion de la nature ou des jardins a donné lieu à une forme de spécialisation de l'architecture qui prend en compte les particularités de la mise en valeur, de la construction ou de la modification des paysages ou de portions de paysages.
On parle alors des activités de paysagistes, d'ingénieurs paysagistes ou d'architectes-paysagistes, selon les contextes.
Écoles d'architecture et de paysage
en France
- École nationale supérieure du paysage de Versailles (ENSPV) à Versailles
- École nationale supérieure d'architecture et de paysage de Bordeaux (ENSAP Bx.) à Bordeaux
- Ecole nationale supérieure d'architecture et de paysage de Lille (ENSAPL) à Lille
- École supérieure d'architecture des jardins et des paysages (ESAJ) à Paris
- École nationale supérieure de la nature et du paysage (ENSNP) à Blois
- Institut national d’horticulture et du paysage (INHP) à Angers
- Institut des Techniques de l’Ingénieur en Aménagements Paysagers de l'Espace (ITIAPE) à Lesquin
en Suisse
Bibliographie
- Jean-Robert Pitte, Histoire du paysage français, Tallandier, 2003 (ISBN 2847340742)
- Bernard Fischesser et Marie-France Dupuis-Tate Rivières et Paysages, Ed. La Martinière, 2006
- Pierre Donadieu, Michel Périgord, Clés pour le paysage, OPHRYS, 2005, 368 p. (ISBN 9782708010970)
Voir aussi
Articles
Liens externes
Notes et références
- ↑ Elle a été adoptée en France par la loi n° 2005-1272 du 13 octobre 2005 autorisant l'approbation de la convention européenne du paysage et publiée le 22 décembre 2006 par le décret n°2006-1643 du 20 décembre 2006 portant publication de la convention européenne du paysage signée à Florence le 20 octobre 2000.
- ↑ Gérard Chouquer, L'étude des paysage. Essais sur leurs formes et leur histoire, Paris, Errance, 2000, 208 p.



