L'été a commencé, et avec lui les balades bucoliques et oniriques. Exactement ce que propose le château de Versailles avec ses spectacles poétiques et aquatiques, à l'image de "Narcisse guette", un spectacle à fleur d'eau, dès le 26 juin. Petit panorama de la programmation estivale du château.
La nuit, sur le Grand Canal, 8 personnages s'agitent et propagent des ondes à la surface de l'eau calme pour brouiller le reflet de celui qui s'admire et qui nous guette : Narcisse. 3 représentations (les 26, 27 et 28 juin) pour s'interroger sur la construction de l'individu dans notre société.
Le jour, la musique baroque est à l'honneur avec les Grandes Eaux Musicales. Jadis au service des fastes et des fêtes royales, elle est depuis le 22 mars le matériau poétique d'un travail artistique qui transcrit les sensations visuelles en impressions sonores.
Dès le 5 juillet, les Grandes Eaux se font également nocturnes pour transformer le jardin royal de Louis XIV en un spectacle surréaliste, rayonnant sous les lasers et les flammes monumentales d'un feu d'artifice, embaumé par les senteurs de mille bougies et rythmé par une musique baroque française.
Les nuits du bassin Neptune rendent hommage à Maurice Béjart les 1er et 2 juillet, et revisitent les rêves de Louis XIV dans "La face cachée du soleil", ballet pyrotechnique aux mille feux d'artifice les 17, 18 et 19 juillet. Théâtre du 29 août au 13 septembre : les Juments de la nuit retranscrivent les monologues intérieurs de Lady Macbeth.
Dans ce monde aussi flamboyant qu'étrange, les Gûmes, créatures mi-humaines mi-végétales, surgissent du potager de Marie-Antoinette pour soulever quelques questions existentielles (du jeudi 10 au lundi 14 juillet), avant qu'un homard de Jeff Koons se balance au plafond des appartements du Roi et de la Reine, dès le mercredi 10 septembre.
lundi 23 juin 2008
par Bertrand Dermoncourt
Il est, à 85 ans, l'un de nos plus grands poètes et n'a jamais été si fécond. Qu'il médite sur la nature, sur son ami Paul Celan ou sur Goya.Avec plus de 150 000 exemplaires vendus, l'édition de poche de son récent recueil Les Planches courbes, inscrit à l'épreuve du bac en 2005, a fait de lui, sur le tard, un auteur de best-seller... Yves Bonnefoy est-il pour autant reconnu à sa juste valeur? Comme il n'a jamais cherché à devenir une vedette des lettres, le grand poète reste, dans notre époque médiatique, un écrivain «pour spécialistes». Il fut un professeur charismatique, au verbe éloquent, élu au Collège de France en 1981, mais n'a jamais couru les tribunes qui auraient pu lui donner la gloire éphémère de la notoriété. L'auteur de L'Arrière-Pays a préféré cultiver de fécondes amitiés, de Celan à Giacometti, de Cartier-Bresson à Starobinski.
Alors qu'il vient de passer le cap des 85 ans, son oeuvre s'est enrichie en ce printemps d'une brassée de recueils de poèmes, récits en prose, essais sur la peinture, entretiens, traductions... Outre les conférences, articles, préfaces et autres écrits de circonstance, qui occupent une place importante dans sa production, Bonnefoy donne d'abord ses poèmes à des éditeurs d'art plus ou moins confidentiels, comme William Blake & Co, à Bordeaux, ou Editart, à Genève, et en collaboration avec des peintres amis, comme Claude Garache ou Farhad Ostovani. Ces textes, publiés en éditions limitées, font ensuite l'objet d'un regroupement en volume au Mercure de France, propre à former un ensemble cohérent.
Depuis Du mouvement et de l'immobilité de Douve, en 1953, cet héritier du surréalisme n'a cessé de greffer ses poèmes, volume après volume, sur le tronc de la plus pure tradition poétique française, celle de Baudelaire, de Rimbaud, de Mallarmé ou de Valéry. Qu'il évoque, dans son dernier recueil, La Longue Chaîne de l'ancre, la beauté des rivages du Pacifique ou simplement un arbre, l'après-midi, qu'il écrive en prose ou en vers, Yves Bonnefoy dévoile ces réalités immédiates dont sa poésie se souvient. A la première lecture, on remarque, une fois de plus, la fluidité de la langue, l'évidence des images, la précision du vocabulaire. Cette simplicité apparente est cependant trompeuse, car elle cache d'incessants enjeux philosophiques. La poésie d'Yves Bonnefoy se tourne en effet vers «ce qui est» pour en faire l'expérience véridique: elle a souci de créer, comme l'a noté Alain Finkielkraut, «une brèche dans le réseau des notions que la langue technique et la langue ordinaire resserrent autour des choses».
Il aspire à l'unité des mots et des choses
Petit-fils des modernes, Bonnefoy est aussi, d'une certaine manière, l'héritier des romantiques, aspirant à l'unité des mots et des choses, de l'homme et du monde. Dans ses essais sur l'art, le poète poursuit la même quête de vérité. Sa nouvelle étude sur Goya ne s'attarde jamais sur l'anecdotique: en poète, Bonnefoy y perçoit ce qui échappe au biographe. De même, dans un court essai sur la mauvaise rumeur qui, un jour, accusa Paul Celan de plagiat, il donne, en quelques phrases définitives, sa définition de l'art, qui consiste à vivre «comme une poussée du dedans, aussi continuelle qu'irrésistible». Un poète véritable ne saurait emprunter à un autre, car ce qui est à lui est en lui. Profondément.
| Ce qui alarma Paul Celan Yves Bonnefoy éd. GALILEE 50 pages 11 € 72,16 FF |
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Goya, les peintures noires Yves Bonnefoy éd. William Blake & Co 172 pages 30 € 196,79 FF |
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La Longue Chaîne de l'ancre Yves Bonnefoy éd. MERCURE DE FRANCE 168 pages 15 € 98,39 FF |
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Le Traité du pianiste et autres écrits anciens Yves Bonnefoy éd. MERCURE DE FRANCE 190 pages 16,5 € 108,23 FF |
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http://livres.lexpress.fr/critique.asp/idC=14013/idR=12/idG=8
Fête de la Musique : le programme
De Paris à Nice en passant par Lyon, Nantes ou Strasbourg, la musique envahit les rues le 21 juin. Des centaines de concerts prévus.
Notre sélection région par région
http://www.linternaute.com/sortir/evenement/fete-de-la-musique/
16/06/2008 | Mise à jour : 22:19 | Commentaires
Les astronomes pensent que chaque étoile de notre galaxie pourrait être entourée de planètes semblables à la nôtre.
Des astronomes européens ont annoncé, lundi, la découverte de trois «super-Terres» en orbite autour d'une étoile relativement proche de nous, et de deux autres systèmes solaires dotés de petites exoplanètes.
Ces annonces, effectuées lors du congrès Super Earths de Nantes, suggèrent que les exoplanètes ayant des caractéristiques voisines de celles de la Terre sont sans doute courantes dans l'univers. «Est-ce que chaque étoile compte des planètes et, si oui, combien ?», s'est interrogé l'astronome suisse Michel Mayor (observatoire de Genève), l'un des découvreurs de la première exoplanète en 1995. «Peut-être ignorons-nous encore la réponse, mais nous progressons énormément dans cette direction», a-t-il ajouté.
«De très proches voisines»
Le trio de planètes découvertes gravite autour d'une étoile légèrement moins massive que notre Soleil, à seulement 42 années-lumière de nous, dans les constellations Doradus et Pictor. «Elles sont très près de nous à l'échelle de la galaxie», a expliqué l'astronome. «On peut parler de très proches voisines.» Elles sont toutes trois plus grosses que la Terre (l'une a 4,2 fois sa masse, une autre 6,7 fois et la troisième 9,4 fois) et tournent autour de leur étoile à des vitesses extrêmement rapides : de quatre à vingt jours contre 365 pour la Terre. Aucune n'est habitable du fait de leur proximité vis-à-vis de leur étoile et de la chaleur qui règne à leur surface (jusqu'à 1 500 °C).
Mayor et ses collègues ont eu recours au télescope Harps (High Accuracy Radial Velocity Planet Searcher) de La Silla, dans les montagnes du nord du Chili, pour effectuer ces découvertes.
À ce jour, plus de 270 exoplanètes ont été découvertes depuis 1995. La plupart sont des géantes proches de Jupiter et de Saturne. Les planètes de plus petit diamètre, proches de celui de la Terre, sont plus difficiles à détecter, en l'état actuel des techniques d'astronomie. Selon Mayor, il est clair que ces planètes ne sont que la pointe émergée de l'iceberg. L'analyse de toutes les étoiles passées en revue à ce jour avec le télescope Harps, dit-il, montre qu'un tiers des étoiles comparables au Soleil sont environnées soit de planètes dites «super-Terres», soit de planètes de type Neptune, dont la révolution excède les cinquante jours.
Dans son sens étymologique, le paysage est l'ensemble des traits, des caractères, des formes d'un territoire, d'un "pays", perçu par un observateur: il est donc une création, une interprétation de l'espace. Le paysage est une question de regard mais cette notion ne peut-être aujourd'hui réduite à sa connotation picturale car elle recouvre de nombreuses acceptions.
Sommaire |
Une notion complexe
La notion actuelle de paysage est somme toute assez récente. Avant d'être l'objet de représentations artistiques ou d'études architecturales, le paysage était un pays au sens originel du terme, c’est-à-dire une portion du territoire national avec une identité bien marquée, un lieu de vie et de travail pour les habitants locaux qui font partie de ce pays.
On peut entendre aujourd'hui des expressions comme "paysage politique", "paysage médiatique", etc. Le paysage peut donc également désigner un ensemble contextuel : vision des choses à un temps donné, le paysage est en constante évolution.
La notion de paysage oscille entre deux pôles :
- Le paysage considéré comme la résultante de l'action conjointe de l'Homme et du monde vivant (animal, végétal, fongique, etc.). C'est cette conception qui prédomine en écologie du paysage, écologie étudiant dans le temps et l'espace (unités biogéographiques) la dynamique et l'agencement des taches du paysage aux échelles intermédiaires entre le planétaire (biosphère) et le local. , les communications, les barrières, les fragmentations.
- Le paysage considéré comme la perception visuelle qu'on a de son environnement à perte de vue, à l'exception des points d'intérêts proches de l'observateur. On s'est référé également au paysage pour désigner sa représentation dans une œuvre. Les notions de patrimoine, d'esthétique et d'aménités donnant alors une valeur à ce paysage, variant selon les époques et jugée plus ou moins subjective et relative selon les acteurs.
Approche picturale
| Cet article fait partie de la série Peinture |
À partir de la définition initiale d'étendue de terre qui s'offre à la vue, la langue française a construit plusieurs notions proches dont celle de représentation d'un paysage par la peinture, le dessin, la photographie, etc. La représentation du paysage a un rôle important dans les arts graphiques parce qu'elle s'oppose parfois à la représentation des êtres, ou bien peut être aussi utilisée pour les symboliser (peinture religieuse par exemple).
Histoire du paysage en peinture
Dans l'antiquité grecque et romaine, le paysage n'est peint que comme fond ou environnement pour mettre en contexte une scène principale. Durant tout le Moyen Âge chrétien et la Renaissance, le paysage n'est conçu que comme œuvre divine et sa représentation fait référence à son créateur.
À la Renaissance, le paysage sert à exprimer les utopies urbaines et politiques émergentes. D'abord « perçu » au travers du cadre des fenêtres dans les tableaux représentant des scènes intérieures, il va prendre une place de plus en plus importante, jusqu'à occuper toute la surface de la toile. Parallèlement, les personnages des scènes religieuses en extérieur vont « rétrécir » jusqu'à n'être presque plus symbolisés que par les éléments du paysage (ex. : le Christ par une montagne).
Le paysage ne prend toutefois véritablement son essor qu'au XVIIe siècle, avec le développement du collectionnisme. En Flandres, la première représentation de paysage indépendant est celle de Joachim Patinir. On distingue alors trois types de paysages :
- le paysage classique, où se trouve représentée une nature idéale, grandiose, domptée par l'Homme. La représentation n'est alors pas crédible, mais recomposée pour sublimer la nature et la rendre parfaite ; en général, une histoire se cache dans ce type de paysages, dont les poncifs sont la présence d'éléments d'architecture romaine, combinés à une montagne ou une colline et à un plan d'eau. Les trois centres important de ce type de représentations sont Rome, avec Annibale Carracci, le créateur de ce type, et ses suivants l'Albane, Le Dominiquin, Poussin…, mais aussi Paris et la Hollande.
- le paysage naturaliste propose une vision plus humaniste, de l'harmonie entre l'Homme et la nature. En général, celle-ci est grandiose, abondante et sauvage, représentée lors de tempêtes, d'orages. Si cette vision est plus crédible, il n'est pas nécessaire qu'un lieu précis soit représenté. On trouve les représentants de ce type plutôt dans les écoles du nord, avec Rembrandt, Salvator Rosa et Rubens.
- le paysage topographique, qui représente nécessairement un lieu précis et identifiable, avec une nature présentée de manière plus humble. Ce genre est assez caractéristique de l'école hollandaise, où les peintres sont extrêmement spécialisés (il existe des peintres de paysages d'hiver, de forêts, de canaux, de villes…)
À l'époque romantique, le paysage devient acteur ou producteur d'émotions et d'expériences subjectives. Le pittoresque et le sublime apparaissent alors comme deux modes de vision des paysages. Les premiers guides touristiques reprennent ces points de vue pour fabriquer un regard populaire sur les sites et les paysages.
L'impressionnisme et l'école de Barbizon donneront ensuite un rôle très différent au paysage en en faisant l'objet d'une observation méticuleuse et relative en termes de lumière et de couleurs, dans l'objectif de créer une représentation fidèle à la perception vécue que peut en avoir un observateur. Cette fidélité, qui s'exprime par exemple dans les contrastes et les touches de façon « vibrante », est sans doute une des sources de la passion pour l'impressionnisme (on parle souvent de miracle impressionniste pour la précision du rendu d'artistes comme Claude Monet).
L'abstraction sous ses différentes formes retirera ensuite une grande partie de son importance au paysage en limitant la portée du réalisme et de la représentation, bien que l'on emploie souvent l'expression « paysagisme abstrait » à propos de plusieurs peintres non figuratifs (Bazaine, Le Moal ou Manessier).
Approche géographique
Histoire de la notion de paysage en géographie
Le géographe Paul Vidal de la Blache, fondateur de l'école des Annales, a largement contribué à forger l'approche géographique des paysages dans la seconde moitié du XIXe siècle. Le paysage est alors conçu dans une visée objective et généalogique : il est le résultat des actions des hommes s'adaptant à leur environnement naturel au cours de l'histoire. Il devient un vaste ouvrage où le géographe peut distinguer les éléments naturels des éléments culturels, et leur intime mélange dans bien des régions, se succédant au cours du temps. Cette approche a longtemps dominé la pensée géographique française du paysage. Mais elle évacuait la question de la subjectivité, et celle de l'approche esthétique du paysage, c’est-à-dire celle du monde des Arts.
Dans les années 1970-1980, les géographes, sous la houlette de Georges Bertrand, ont commencé à considérer le paysage comme un objet hybride, faisant appel à la fois aux sciences naturelles (géomorphologie, écologie végétale, climatologie) et aux sciences sociales (territorialisation de l'espace, perception, phénoménologie, symboles politiques…). Georges Bertrand a ainsi créé un concept ternaire d'étude : géosystème - territoire - paysage, permettant d'étudier les dynamiques du paysage et son évolution. Une telle conception permettait de rendre compte de l'évolution d'un paysage, dépendant à la fois des processus naturels et des aménagements humains, dépendant des perceptions et des idéologies. Dans son article "Paysage et géographie physique globale" (Revue de géographie des Pyrénées et du Sud-Ouest, 1968) G. Bertrand, en se référant au paysage, synthétise cette idée en affirmant : "C'est, sur une certaine portion de l'espace, le résultat de la combinaison dynamique, donc instable, d'éléments physiques, biologiques et anthropiques qui, en réagissant dialectiquement les uns sur les autres, font du paysage un ensemble unique et indissociable en perpétuelle évolution".
Depuis une vingtaine d'années, l'étude des paysages par les sciences humaines est particulièrement vive en France, à travers les ouvrages d'historiens comme Alain Corbin ou de géographes comme Jean-Robert Pitte. Ce dernier se place dans une posture rompant avec les principes de Vidal de la Blache. Il insiste largement sur la place de la subjectivité et de l'évolution des perceptions, à travers nos modes de vie (voiture, avion, train) que les artistes viennent révéler grâce à leurs œuvres. Alain Corbin élargit aussi la question de la perception paysagère en ne la cantonnant pas qu'au visuel mais à tous les sens. Il a ainsi parlé de « paysage sonore » dans son ouvrage sur les cloches dans les campagnes françaises. La distinction entre une approche naturaliste du paysage et une approche culturaliste a été exprimée le plus fortement par le philosophe Alain Roger dans son célèbre essai Paysage et environnement : pour une théorie de la dissociation (1996, « Paysage et environnement : pour une théorie de la dissociation », in Le Dantec Jean-Pierre, Jardins et paysages, éd. Larousse) qui en appelle à totalement distinguer les deux notions.
Une définition du paysage aujourd'hui largement partagée est celle contenue dans la Convention européenne du paysage, signée sous les auspices du Conseil de l'Europe en 2000[1]. Selon cette définition « Le paysage définit une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l'action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations ».
Espaces vierges
La notion de paysage prend une autre dimension lorsque l'on franchit l'Atlantique. Le paysage américain, et particulièrement celui du Grand Ouest, rompit avec bien des canons européens. La découverte des grands espaces occidentaux des États-Unis (la conquête de l'Ouest), lors de la seconde moitié du XIXe siècle bouleversa totalement ses découvreurs, dignes successeurs de Humboldt. Ils furent face à des espaces sauvages, en regard d'une Europe quasi-entièrement anthropisée, et d'échelles sans commune mesure avec ceux de l'Ancien Monde. De plus ce fut l'occasion à un nouveau medium artistique de fournir sa vision du paysage : la photographie, alors que jusqu'à présent c'était la peinture qui avait eu la charge de cette représentation. Les photographies d'Ansel Adams dans le massif de la Yosemite Valley en sont exemplaires. C'est à cette occasion qu'a été forgé le concept américain de wilderness, difficile à traduire (sauvageté, monde sauvage, naturalité ?), pour qualifier ces grands espaces vierges.
La délicate étude du paysage [
Les dérives des études morpho-historiques
L’étude de paysage est délicate et controversée. Les tentatives de synthèse d’histoire rurale ou d’histoire du paysage de telle ou telle région, ayant l’ambition d’exploiter des sources écrites et non écrites, sont généralement soit des travaux rapprochant de manière superficielle des données archéologiques, morphologiques et textuelles pour produire un discours historique, soit des ouvrages de paléogéographie lacunaires et parfois anhistoriques.
La cause d’un tel échec est de vouloir réduire le réel à une schématisation systématique dès que celui-ci est perçu comme paysage aux formes complexes. Les historiens ont donc plus fait l’histoire d’un paysage irréel à force d’être réduit à des schématisations successives, que l’histoire la plus "réelle" possible de l’objet.
Or, le paysage n’est pas seulement une structure que l’on peut schématiser : il est un fonctionnement, une interaction dynamique permanente entre des éléments physiques et des éléments sociaux, et l’étude de la morphologie des paysages du passé doit donc être une géographie des espaces des sociétés du passé rendant compte de leurs dynamiques de transformation.
Une réalité épistémologique complexe
Etudier un paysage considéré comme fonctionnement, interaction dynamique, est rendue d’autant plus difficile qu’elle s’inscrit dans une situation épistémologique particulière :
- d’une part, l’histoire a pris l’habitude de se priver d’espace, à force de le réduire à un stéréotype, à une idée d’espace ;
- d’autre part, la géographie est partagée entre géographie physique et géographie humaine ;
- enfin, l’archéologie actuelle est profondément marquée par les sciences du paléoenvironnement, permettant l’accès aux composantes végétales et animales du paysage ancien, et par la géoarchéologie, traitant du sédiment, de son évolution et de sa relation avec les sociétés, de par l’aménagement du paysage et de l’agriculture.
Ainsi, une étude de paysage, qui pourrait être dite « archéologie des paysages », « morphologie dynamique des paysages » ou encore « paléogéographie », est donc au carrefour de plusieurs disciplines.
Les voies d’accès à la connaissance du paysage
Cette nécessité de rapprochements de disciplines est perceptible dans les différentes voies d’accès à la connaissance du paysage :
- L’exploitation des textes, des inscriptions, des cartes, des itinéraires, de la toponymie, etc.
- Les sources archéologiques, offrant une vision matérielle et ponctuelle de la réalité des structures (agraires ou autres)
- La prospection, avec son approche spatiale et matérielle
- L’archéomorphologie, cherchant à partir d’images du paysage ses formes
- Les sciences du paléoenvironnement, permettant de connaître les sols, les végétaux et les animaux
Vers une nouvelle organisation des champs scientifiques
Pour une étude de paysage, il ne suffit pas d’articuler entre elles des disciplines autonomes (histoire, géographie, etc.) possédant leur propre méthode et leur corpus documentaire. En effet, le paysage est à la marge de disciplines qui ne s’articulent pas vraiment :
- L’histoire, analysant les textes ;
- La géographie, analysant les régimes agraires et les phénomènes d’urbanisation ;
- L’archéologie, étudiant les sites ;
- La géologie des profondeurs.
L'étude de paysage appelle donc une nouvelle organisation des champs scientifiques permettant une approche systémique. Ces questions ont été largement traitées par Gérard Chouquer (directeur de la rédaction des Études rurales)[2], François Favory ou encore Philippe Leveau.
Approche écologique
Écologie du paysage
Le paysage naturel fait désormais l'objet d'un discipline scientifique à part entière, l'écologie du paysage, et est considéré comme un patrimoine commun à préserver.
En aménagement du territoire, la prise en compte des aspects paysagers d'un quelconque projet d'aménagement (rénovation, remembrement agricole, autoroutes, etc.) est désormais presque obligatoire. En effet le Plan local d’urbanisme des communes doit désormais le prendre en compte, et des lois comme celle du 8 janvier 1993 (dite "loi Paysage") permet la protection du paysage en tant que tel. Ainsi la plupart des projets d'aménagement, comme les plans de gestion des espaces naturels, comportent au préalable une analyse paysagère du milieu.
En application des principes de la Convention européenne du paysage, les pays européens sont tenus d'inventorier leurs paysages dans un souci d'aménagement, de gestion ou de préservation. En France, cet inventaire est réalisé sous la forme d'atlas de paysages, à l'échelle départementale ou régionale.
Politiques publiques du paysage
L’administration du paysage est encore récente. La première loi s’y rapportant date de 1906 et la stabilisation du service qui en a la charge s’est opérée en 1995 avec la création de la sous-direction des sites et paysages au sein de la direction de la nature et des paysages au ministère de l'écologie et du développement durable. Emmanuelle Heaulmé (École d’architecture et de paysage, Bordeaux) distingue trois grands modèles de perception et d’action qui, au cours du XXe siècle, ont ordonné la patrimonialisation des paysages :
- le « paradigme du pittoresque » : le paysage s’impose comme objet patrimonial dans la mesure où il se prête à un rapprochement avec une œuvre peinte (lois 1906 et 1930 sur les sites et monuments naturels)
- le « paradigme de l’environnement » à partir des années 1950 : inscription et classement, dans les années 1960 et 1970, de grands paysages naturels (ex. Landes et Gironde), et apparition d'une nouvelle politique qui s’attache, au-delà de la simple protection, à mettre en œuvre une véritable gestion des sites.
- le « paradigme du paysage culturel » depuis les années 1980 : attention portée au paysage en tant que forme sensible d’une interaction dynamique du naturel et du social.
Protection des paysages exceptionnels
L’État s’est donc peu à peu doté de pouvoirs réglementaires importants, notamment en faveur des paysages exceptionnels dits patrimoniaux. La loi de 1930 relative à la protection des monuments naturels et des sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque permet le classement des paysages les plus exceptionnels au titre des sites. Le classement offre une protection renforcée en comparaison de l'inscription, en interdisant, sauf autorisation spéciale du ministre compétent, la réalisation de tous travaux tendant à modifier l'aspect du site. Par ailleurs, les directives de protection et mise en valeur des paysages visent à assurer de façon sélective la préservation et la mise en valeur des principaux éléments structurants d’un paysage. Il existe également d'autres instruments de protection pour la sauvegarde des espaces naturels exceptionnels comme les réserves naturelles nationales, les parcs nationaux, les réserves biologiques, etc. Enfin on peut citer l'apparition de règles spécifiques dans certains espaces fragiles et/ou convoités, comme la loi montagne et la loi littoral, ou la création d'un sanctuaire pour les mammifères marins en Méditerranée (« sanctuaire Pelagos », accord fait à Rome le 25 novembre 1999).
Vers une politique des paysages du quotidien
En France, en 1971 a été créé un ministère chargé de la protection de la nature et de l'environnement, et depuis 1995, le ministre chargé de l’environnement et du développement durable est, au sein du gouvernement, responsable de la politique des paysages, cadrée notamment par la loi paysage.
Il faut enfin rappeler que la plupart des instruments de protection paysages relève des collectivités locales. Les élus locaux jouent un rôle central car ils se font les porte-parole des attentes de leurs administrés et ils justifient la pertinence locale des problèmes paysagers avec une argumentation sociale.
On constate donc la progressive mise en place d’une véritable politique des paysages, laquelle a pour objectif de « préserver durablement la diversité des paysages français ».
Paysagiste
La gestion de la nature ou des jardins a donné lieu à une forme de spécialisation de l'architecture qui prend en compte les particularités de la mise en valeur, de la construction ou de la modification des paysages ou de portions de paysages.
On parle alors des activités de paysagistes, d'ingénieurs paysagistes ou d'architectes-paysagistes, selon les contextes.
Écoles d'architecture et de paysage
en France
- École nationale supérieure du paysage de Versailles (ENSPV) à Versailles
- École nationale supérieure d'architecture et de paysage de Bordeaux (ENSAP Bx.) à Bordeaux
- Ecole nationale supérieure d'architecture et de paysage de Lille (ENSAPL) à Lille
- École supérieure d'architecture des jardins et des paysages (ESAJ) à Paris
- École nationale supérieure de la nature et du paysage (ENSNP) à Blois
- Institut national d’horticulture et du paysage (INHP) à Angers
- Institut des Techniques de l’Ingénieur en Aménagements Paysagers de l'Espace (ITIAPE) à Lesquin
en Suisse
Bibliographie
- Jean-Robert Pitte, Histoire du paysage français, Tallandier, 2003 (ISBN 2847340742)
- Bernard Fischesser et Marie-France Dupuis-Tate Rivières et Paysages, Ed. La Martinière, 2006
- Pierre Donadieu, Michel Périgord, Clés pour le paysage, OPHRYS, 2005, 368 p. (ISBN 9782708010970)
Voir aussi
Articles
Liens externes
Notes et références
- ↑ Elle a été adoptée en France par la loi n° 2005-1272 du 13 octobre 2005 autorisant l'approbation de la convention européenne du paysage et publiée le 22 décembre 2006 par le décret n°2006-1643 du 20 décembre 2006 portant publication de la convention européenne du paysage signée à Florence le 20 octobre 2000.
- ↑ Gérard Chouquer, L'étude des paysage. Essais sur leurs formes et leur histoire, Paris, Errance, 2000, 208 p.








