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Mardi 08 Avril 2008
Babylone

Jusqu’au 2 juin 2008

(Evitez les files d'attente: achetez vos billets en ligne en cliquant ici !)

Musée du Louvre, Hall Napoléon, 75001, 01 40 20 53 17, 9,50€

Babylone. Un nom qui fait rêver depuis la nuit des temps. En raison de ses trois merveilles du monde - ses jardins suspendus, ses murailles, son pont - et la légende de la tour de Babel symbolisant à elle seule à la fois l’envie et la crainte que cette ville a pu engendrer. Pourtant, derrière le mythe, se cache une véritable entité historique que le musée du Louvre entend aujourd’hui dévoiler.


Sceau-cylindre du dieu Adad. Lapis-lazuli. 12,5 x 3,7 cm, 309 g. (c) Olaf M. Tessmer / SMB-Vorderasiatisches Museum Berlin Plus de 400 oeuvres antiques jamais ou rarement montrées sont exposées au Louvre, avec des prêts exceptionnels du Brisih Museum de Londres, des Staatliche Museen zu Berlin et du Vorderasiatisches Museum. En raison de l’actualité, les collections du musée de Bagdad n’ont pu être montrées.
Malgré cette affiche affriolante, le musée du Louvre et ses partenaires se sont laissés dépasser par leur ambition. Force est de croire que la légende de la tour de Babel n’est pas si fictive!

Peter Bruegel l'Ancien, La petite tour, 1563. Rotterdam, Musée Boymans van Beuningen (c) Museum Boymans van Beuningen, RotterdamCertaines pièces présentées sont remarquables, notamment les stèles portant des inscriptions cunéiformes, La Petite Tour de Peter Bruegel l’Ancien, et les reliefs de briques à glaçure de l’époque de Nabuchodonosor II.
Mais la mise en scène de l’exposition est tellement rebutante…Des murs couleur vert-kaki, jaunâtre, mauve; d’immenses vitrines (en hauteur) avec quelques menus objets à l’intérieur; des cartels qui ne se distinguent guère et donnent rapidement envie de s’en désintéresser; et une dernière partie d’exposition qui s’étend comme pour remplir les murs à défaut de vraiment coller au sujet.

Il est vrai qu’exposer sur Babylone relève de l’intrépidité. “L’essence de Babyone est d’être morcelé”, précisent d’emblée les commissaires de l’exposition, Béatrice André-Salvini et Sébastien Allard. “Les données de l’archéologie sont partielles, les sources abondantes mais fragmentaires, les traditions multiples et éparses”. Soit. Le British Museum va d’ailleurs présenter une version réduite de l’exposition (du 26 juin au 5 octobre 2008). Le musée du Louvre aurait du en faire autant. Et avec le sens de la mise en scène des musées britanniques, l’exposition aura certainement plus de couleurs!

Mais loin de vouloir donner trop d’importance à la forme, je vous livre les grandes lignes de l’histoire de cette ville car elle se révèle passionnante.

Babylone est fondée durant le IIIe millénaire avant J.-C.. Dès l’origine, les savants scribes de Babylone la parent d’un statut de ville sainte ancienne pour lui donner une légitimité historique, mêlant ainsi la légende à l’histoire dès sa création.

Babylone est conçue à la fois comme une ville royale et comme le centre du cosmos. “Babylone” signifie le lien entre le ciel et le monde inférieur. C’est une ville hors norme où la terre rejoint le ciel.

La civilisation babylonienne rayonne sur tout le Proche Orient antique, aux IIe et Ier millénaire avant J.-C. La splendeur de la ville, liée à son statut de grande capitale érudite, rayonne même aux temps les plus sombres de son histoire. Son unité à travers les siècles (malgré ses différents occupants) réside dans sa civilisation cunéiforme.

Code de Hammurabi. Basalte, Suse. 225 x 65 cm. Paris, musée du Louvre (c) Photo RMN / Christian LarrieuLe règne de Hammurabi (début du XVIIIe siècle avant J.-C.).
C’est sous son pouvoir que la ville devient un grand centre culturel et religieux. Fondateur de Babylone, Hammurabi est à l’origine de la renommée de la ville. Les temples principaux dont l’emplacement forme le noyau central du plan de la ville sont érigés durant cette période. Le Code d’Hammurabi est la pièce maîtresse de cette section. Stèle de plus de 2m de haut, elle constitue la plus célèbre et la plus complète des codes de lois de l’Antiquité.

IIe moitié du IIe millénaire avant J.-C..
Si Babylone connaît un recul politique, elle demeure un centre culturel international grâce à la diffusion de l’enseignement donné par ses scribes. La langue babylonienne représente la langue diplomatique et culturelle de l’Iran à l’Egypte.

Nabuchodonosor II (605-562 avant J.-C.).
La dissolution de l’empire assyrien et un regain nationaliste redorent le blason de Babylone, qui est élevée au rang de centre cosmique. L’ère de Nabuchodonosor porte la ville à son apogée. Babylone symbolise l’harmonie du monde grâce à la puissance de Marduk, dieu suprême de la ville. Cette vision cosmologique conditionne l’entité architecturale et décorative de Babylone. Les reliefs en briques à glaçure colorée donne un aperçu du décor architectural. Le lion (attribut de la déesse Ishtar), le dragon (symbole de Marduk) et le taureau (attribut du dieu de l’orage, Adad) représentent les figures symboliques de la ville. Babylone est entourée de murailles et abrite en son centre une tour à étages (ziggurat) qui engendre la légende de la Tour de Babel.

La perte d’indépendance.
Le roi des Perses Cyrus le Grand conquiert Babylone en 539 avant J.-C.. Puis c’est au tour du macédonien Alexandre le Grand de s’emparer de la ville (330 avant J.-C.), avant de la céder aux Parthes entre 141 avant J.-C. et 122 avant J.-C.. Ironie du sort, le plus grand admirateur de la Tour, Alexandre le Grand, est responsable de son démantèlement. Voulant assainir le terrain sous la Tour, il la fait déplacer brique par brique. Mais le roi meurt avant d’avoir eu le temps de la faire rebâtir à son emplacement initial.

Frank Lloyd Wright, monument dédié à Harun al Rashid pour son 'Plan for Greater Baghdad', 1958. Frank Lloyd Wright Foundation à Scottsdale, Arizona (c) Frank Lloyd Foundation, Scottsdale, AZL’héritage culturel de Babylone.
Jusqu’au Moyen-Age, de l’Inde à Rome, le legs babylonien influence les sciences et la littérature occidentales et orientales. Principaux apports: conception de l’histoire (les chroniques et listes dynastiques inspirent les rédacteurs de la Bible et les auteurs classiques), enseignement (dictionnaires multilingues élaborés dans le Proche Orient antique), sciences (lois, poids et mesures, astronomie, astrologie, divination - la transmission majeure des savants chaldéens à la civilisation occidentale est la division du cercle en 360° et les douze mois de l’année), littérature, thèmes iconographiques qui influencent les thèmes bibliques (notamment le Déluge) et la littérature grecque (Homère, les fables), politique (modèle de gouvernement), architecture (cf. le projet de reconstruction de Bagdad par Frank Lloyd Wright au XXe siècle).

John Martin, La destruction de Babylone, 1831. BnF, cabinet des estampes (c) BnFLégendes attachées à Babylone.
Si la ville est objet d’admiration de ses contemporains, Babylone devient dans le monde biblique la ville pécheuse par excellence. Elle se mue en ville de malédiction en raison de sa tour qui symbolise l’orgueil de ses habitants et de son roi Nabuchodonosor, archétype du roi maudit (dans l’Apocalypse de Jean, Babylone incarne la ville du diable et est référée comme la “grande prostituée”). C’est l’antithèse de Jérusalem, ville détruite au moment même où Babylone atteignait son apogée…
A l’inverse, pour les historiens antiques, Babylone abrite trois des sept merveilles du monde (deux sont communément retenues: les jardins suspendus et la muraille). Cette fascination conduit à une déformation des faits historiques qui donne naissance à la création des légendes des Sémiramis et de Sardanapale. Au fil des siècles, la légende efface la vérité historique de la ville, confortée par l’absence de trace archéologique. Il faut attendre le début des fouilles en Mésopotamie (milieu du XIXe siècle), sur le site de l’ancien royaume d’Assyrie, puis le déchiffrement des inscriptions cunéiformes (2e moitié du XIXe siècle) pour que la ville retrouve une réalité historique.

Mais aujourd’hui encore, l’image liée à Babylone résulte d’une bonne dose d’imaginaire, confortée par notre culture judéo-chrétienne…


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Lundi 07 Avril 2008
Avec son premier roman, Hématome, Maud Mayeras a signé l'un des meilleurs romans policiers de l'année 2006, rien que ça. A Polars Pourpres, on a tellement aimé qu'on a eu envie d'en savoir un peu plus sur la jeune auteur. Et Maud a accepté de répondre à ces questions avec beaucoup de spontanéité.
© Polars Pourpres, 2006
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Maud MayerasNico - Pour commencer, Maud, peux-tu s'il te plaît nous raconter comment a germé dans ton esprit l'idée d'Hématome. Je sais que tu lis beaucoup, tu écris des nouvelles depuis ton enfance. Quel a donc été le déclic pour ce premier roman ?

Maud Mayeras - J'ai eu un premier choc à l'âge de onze ans, j'ai entamé la lecture du célèbre Ça de Stephen King, et j'ai dévoré l'intégralité des trois tomes en très peu de temps. J'ai rapidement découvert que l'écriture pouvait d'avantage effrayer que les images. Je me suis vraiment régalée... D'où l'envie de faire peur à mon tour. Il me semble que Marilyn Manson avait une bonne phrase sur le sujet du style : "Je n'ai jamais trouvé de monstre sous mon lit. Alors j'ai décidé de le devenir..."
L'idée des nouvelles a émergé presque un an plus tard. Les lectures, les genres et les références se sont multipliés. Le cinéma aidant également. J'ai donc ébauché l'esquisse d'un premier roman vers l'âge de 14 ans. Une histoire de petite fille et de son démon docile et manipulateur (hin, hin, hin...) Je me suis vite rendue compte que cela restait très scolaire, et vraiment pauvre dans l'organisation des idées. Abandon de l'idée le temps de grandir un peu et de m'affirmer un peu plus. Et j'ai décidé de retenter l'expérience !


N. - As-tu rencontré des difficultés particulières lors de l'écriture ? Combien de temps as-tu mis pour terminer Hématome ?

M. M. - Les premières pages d'Hématome datent de 2001/2002. A l'époque, l'histoire n'était pas du tout la même : il s'agissait plutôt d'un trip plus ou moins fantastico-gore, Karter et Emma étaient bien les personnages principaux mais leur rôle était bien différent, et l'histoire était dénuée de tout intérêt ! Une espèce d'hommage ingrat aux films d'horreurs et séries Z que je zieutais plus jeune. Le roman est resté en jachère pendant près d'un an, et le projet final a germé doucement, les éléments se sont mis en place petit à petit pour parvenir après quelques changements de titre au "produit fini".
Après, mon ego et les compliments de ma mère m'ont poussée à tenter ma chance chez diverses maisons d'édition. Après quelques refus brutaux, on se cramponne aux belles phrases de sa maman et on espère encore. J'ai enfin reçu la lettre du directeur éditorial de Calmann-lévy qui paraissait intéressé. On se sent rassuré et remotivé, et on se remet à travailler ! J'ai du retravailler sur quelques illogismes et détails qui nuisaient au bon sens et au rythme de l'histoire sans qu'on ne m'impose jamais rien, j'avoue que j'aurais mal supporté qu'on touche à mon projet... Après un an de relecture acharnée, le bébé nous a semblé prêt pour l'envol.


HématomeN. - Hématome est paru il y a un peu plus de 6 mois maintenant. Les critiques sont excellentes, et le roman a été sélectionné pour le prix SNCF du polar français. Quand on écrit un roman, peut-on rêver d'un tel accueil du public ? J'imagine que c'est particulièrement motivant pour un auteur ?

M. M. - L'accueil reste ma plus grande surprise. J'étais sur le salon du livre de Limoges deux jours après la sortie officielle d'Hématome, une trouille d'enfer et un stylo dans la main. J'ai été contrainte de quitter le salon avant la fin car les exemplaires se sont vendus très rapidement. Je me suis dit, très bien, ils l'achètent par curiosité, c'est normal, je suis originaire de cette ville, ils se renseignent. Je me suis méfiée des retombées qui allaient suivre. J'ai laissé ma curiosité divaguer sur le net, sait-on jamais. On parlait du roman! Et que de compliments sur les forums, les articles... J'ai ensuite appris ma sélection en finale du prix SNCF face à Franck Thilliez... Quel honneur...!
Et me voilà sur Polars Pourpres face à Thilliez (décidément !), Serfaty et King mon mentor... Un petit rire nerveux et tout va mieux...
Les réactions des gens sont formidables, on me réclame un autre opus, et je reconnais que tout ceci est particulièrement motivant. C'est un rêve de gamine qui se réalise avec tout le bonheur que peut impliquer sa lenteur à grandir...


N. - Justement, comment appréhende-t-on l'écriture d'un second roman après cet accueil ? As-tu déjà commencé à plancher dessus ?

M. M. - Erf, erf, le second roman... Je planche dessus depuis presque neuf mois, le temps qu'il m'a fallu pour faire les recherches nécessaires et établir une trame assez précise pour démarrer. Les premières pages sont prêtes. Nous recroiserons peut-être Emma, mais si c'est le cas, elle ne sera qu'un personnage secondaire... Mais motus...


N. - Le glauque du roman noir, le rythme et les rebondissements du thriller, la tension du roman à suspense : Hématome est à la rencontre de différents genres du roman policier. C'était quelque chose que tu recherchais, ou un style qui t'es venu naturellement ?

M. M. - Hématome est le fruit de toutes mes influences propres, qu'elles soient issues de la littérature noire ou d'horreur (qui se fait de plus en plus rare à l'heure actuelle), du cinéma et même du milieu musical. Chaque scène correspond à une ambiance musicale ou à un titre en particulier. Quelques clins d'oeil au cinéma de genre également...
A noter que chaque évocation d'un documentaire télévisuel correspond à ce que je regardais réellement au moment X.
Même s'il ne s'agit pas là d'un roman autobiographique, chaque étape me colle naturellement à la peau. Je porte le tatouage d'Emma depuis cinq ans, je ne peux donc nier certaines similitudes !


N. - Puisque tu parles d'Emma, un des points forts du roman selon moi est la rapidité avec laquelle on s'attache à ton héroïne, la facilité avec laquelle on en vient à partager ses peurs et ses doutes. C'est aussi lié à ton style d'écriture, qui donne l'impression qu'Emma parle autant à elle-même qu'au lecteur. C'est un point que tu avais travaillé depuis les premières versions d'Hématome ?

M. M. - Je tenais à ce que le lecteur s'attache autant à Emma que je l'ai fait durant les prémices d'Hématome, d'où l'utilisation de la première personne tout au long du récit. L'amnésie est un point de départ, nous nous éveillons avec elle sur une vie qui se veut nouvelle. Tout effacer pour tout recommencer. Mais mon esprit tordu ne pouvait pas la laisser tranquille...
Emma découvre son univers au fur et à mesure que l'histoire avance, elle découvre son rapport difficile avec son propre corps et celui de l'homme avec qui elle vit. Je voulais que le lecteur ait les mêmes bases que l'héroïne pour démarrer: qu'il se retrouve confronté aux mêmes peurs, aux mêmes doutes.
Emma emploie des phrases courtes, d'une grande simplicité. Je voulais à tout prix conserver sa spontanéité. Je souhaitais que l'on plonge avec elle en enfer, lentement mais sûrement.


N. - Un autre personnage important du roman, qui contribue à créer l'atmosphère pesante d'Hématome, est la ville elle-même. Une ville sous la neige, sans nom, sans nationalité. Comment t'es venue l'idée de ne pas situer avec précision ton intrigue géographiquement ?

M. M. - Je crois n'avoir jamais donné de repère géographique ni temporel à aucune de mes histoires. J'aime pouvoir m'investir à fond dans l'univers que j'imagine. Je veux que le lecteur se crée son propre endroit à lui, avec ses propres points de repères. Quelques emprunts de ci-de là, c'est vrai, et le mélange pour la ville sans nom est prêt. Pourquoi pas lui en trouver un jour d'ailleurs, si toi ou les membres du forum ont une idée, je serai curieuse de la connaître. On m'a parlé de L'Europe du Nord, des UK et des USA. Oui, nous sommes à Paris, à Limoges, à Londres et à N-Y... Tout cela en même temps.
J'aimerais réellement créer ma propre ville tout au long des romans à venir, avec ses rues et ses monuments propres. Hématome semble être le point de départ... Mais, promis, contrairement à Tolkien, je n'inventerai pas une nouvelle langue!


N. - Tu nous as déjà parlé de Stephen King ; quelles sont tes autres références en matière de thriller ou de polars ?

M. M. - King et Clive Barker ont été mes révélations il y a quinze ans (quinze ans... déjà...). Sont ensuite arrivés Graham Masterton et sa capacité à transformer les contes et histoires déjà existantes en fables abjectes (Le miroir de Satan, malgré son titre ridicule, est un intéressant parallèle à l'histoire d'Alice au pays des merveilles). Maxime Chattam me surprend à chacun de ses opus. Maud Tabachnik et son cinquième jour (dont l'histoire est basée sur Albert Fish, tueur et mangeur d'enfant dans les années 30'). Rafael derniers jours de Gregory McDonald : une ENORME claque. Franck Thilliez et sa Foret des ombres, sorte de Shining moderne. Je pensais ne plus être effrayée par un livre. C'est chose faite.
J'ajouterai à cela deux ouvrages, qui ne sont pas des polars mais que je tenais à noter: Serial Killers de MOSSIEUR Stéphane Bourgouin, ma bible. Et Macchabées de Mary Roach, sur l'évolution de la mort à travers les siècles. Cela peut paraître légèrement morbide, mais ça vaut vraiment la peine d'y jeter un coup d'oeil!


N. - Pour terminer, peux-tu nous dire en quelques mots ce qui te plaît dans le polar, de manière générale ? L'atmosphère, la tension, la capacité à surprendre le lecteur et à l'orienter sur des mauvaises pistes ?

M. M. - Avec le temps, je réalise que je ne suis pas forcément intéressée à 100% par la forme originelle du polar à savoir l'enquête policière en elle-même.
J'aime les univers rouillés et dégoulinants. J'aime trouver la complexité sous un tas de choses trop simples. J'aime l'auteur sadique qui prend plaisir à faire grimacer ses lecteurs. J'aime tomber de haut. J'aime avoir peur. J'aime avoir la solution sous mon propre nez sans jamais la deviner. J'aime courir sur de fausses pistes et me rendre compte que le tueur se trouvait là, juste derrière moi. J'aime rester tendue pendant trois cents pages, poser le livre écorné, ne pas pouvoir fermer les yeux, et me dire, épuisée : "ça existe encore..."


N. - Un grand merci, Maud, pour cette interview. On attend ton prochain roman avec impatience !
 
Lundi 07 Avril 2008

Marie-Claire Planche-Touron

Clélia Nau, Le temps du sublime. Longin et le paysage poussinien. Presses Universitaires de Rennes, 2005.
 

Clélia Nau démontre comment un traité de rhétorique antique, le Peri hupsous de Longin, redécouvert à la Renaissance et traduit en 1674 par Boileau, a eu un retentissement remarquable dans les arts visuels. Cheminant par l’Italie, il est assimilé par le Tasse qui, dans le Discours de la poétique et du poème héroïque diffuse les idées d’Aristote et de Longin. Clélia Nau considère ainsi que la Poétique, le Traité du sublime et le Discours du Tasse autorisent à envisager une théorie du sublime chez Poussin. Dans l’introduction, le propos est posé : « montrer que le Peri hupsous récèle de quoi nourrir une véritable théorie du sublime en peinture » et plus précisément dans la peinture de paysage de Poussin. Le peintre, qualifié de « peintre philosophe », ne pouvait en effet ignorer les écrits du Tasse. La question de la poétique dans la représentation visuelle est au cœur de la démonstration de Clélia Nau. Elle explique avec précision de quelle façon l’idée de rupture est inhérente au sublime et comment Poussin, dans ses représentations, qui intègrent nécessairement une notion temporelle, l’a assimilée. Mais qu’est-ce qui permet d’affirmer cette recherche du sublime chez Poussin ? Ses écrits et notamment les Lettres et propos sur l’art édités par Anthony Blunt.

Dans l’ensemble de l’ouvrage, l’auteur porte une grande attention aux textes et aux descriptions des œuvres. Les démonstrations, les affirmations prennent toujours appui sur les sources. Les trois premiers chapitres s’intéressent à la réception du Peri hupsous de Longin et à son contenu. Le quatrième fait le lien avec la peinture : « Longin et le paysage classique ». Quant aux trois suivants, ils analysent les œuvres picturales et théoriques de Poussin et développent pleinement la thématique de l’ouvrage.

Les tableaux de Poussin sont reproduits dans un cahier en noir et blanc ; une aide pour le lecteur qui pourra aisément les retrouver en couleur dans un bon catalogue. La bibliographie, plutôt exhaustive, propose un classement thématique discutable : il eut été sans doute préférable de mentionner d’une part les sources et d’autre part la bibliographie moderne, sans se soucier des thèmes. Enfin, l’index des noms propres, complété par les titres des œuvres de Poussin citées achève l’ouvrage.

Une fois encore, la preuve est faite que les théories littéraires et artistiques ont bien plus que des frontières communes. L’essai de Clélia Nau propose, en se référant aux sources de la philosophie et à celles des arts visuels, une analyse du sublime quelque peu différente. En effet, le sublime avait déjà depuis fort longtemps été lié aux arts visuels, mais elle démontre, toujours en s’appuyant sur les textes, de quelle manière ce processus s’est élaboré. Les paysages de Poussin, les tempesta et leur chaos devraient maintenant s’offrir différemment à nos regards.

Mentionnons pour finir une publication récente dont l’un des articles pourra prolonger la lecture de l’ouvrage de Clélia Nau : Baldine de Saint-Girons, « Du sublime de la tempête », L'eau, les eaux. Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006 sous la direction de Jackie Pigeaud. Xè Entretiens de La Garenne-Lemot, 9-11 oct. 2003.

Lundi 07 Avril 2008
Commander le livre
Compte rendu sur fabula
Compte rendu d’Anne Coudreuse sur nonfiction.fr
Compre rendu de Deborah Laks dans ArtPress, n°341, janvier 2008
Compte rendu de Jean M. Goulemot dans La Quinzaine littéraire, 1er février 2008, p. 18
Compte rendu de Stéphane Guégan dans Beaux-Arts Magazine, n°285, mars 2008, p. 41
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~  Présentation  ~

DISPONIBLE EN LIBRAIRIE, SOIT AU RAYON AGRÉGATION SOIT AU RAYON ART/ESTHÉTIQUE

Sur France Culture« Du jour au lendemain », entretien d’A. Veinstein avec S. Lojkine, lundi 21 janvier 2008, 23h30
Écouter l’émission (le chargement prend quelques secondes)

« Tout arrive ! », A. Laporte, mercredi 28 novembre 2007
Écouter l’émission


    Les expositions organisées tout au long du dix-huitième siècle dans le Salon carré du Louvre par l’Académie royale de peinture et de sculpture connurent un succès public qui propulsa la peinture française à la tête du mouvement artistique européen, jusque là dominé par l’Italie. Diderot, qui rédigea les comptes rendus de ces « Salons » à partir de 1759, est un témoin privilégié de ces événements culturels sans précédent dans l’histoire.
    Après avoir suivi Diderot au Salon et décrit sa manière de visiter puis d’écrire, ce livre propose d’examiner la nouvelle relation esthétique qui se constitue entre le spectateur et l’oeuvre d’art à la faveur de ces expositions. L’oeil de Diderot hérite d’une conception académique de la composition, comme disposition de figures : ce que l’on voit est d’abord de la géométrie. Diderot superpose à cette géométrie une nouvelle conception, centrée sur le choix par le peintre du moment de l’histoire à représenter. Il s’agit dès lors de faire bouger mentalement les figures dans le film des événements, jusqu’à arrêter la scène au moment visuellement idéal : la peinture n’est plus affaire de composition et de géométrie, mais de scène et de dispositif.
    Lorsqu’il s’attelle aux Salons, Diderot sort d’une expérience théâtrale difficile : il y a puisé une théorisation révolutionnaire de la scène dramatique, qu’il va importer dans l’espace pictural. Le « quatrième mur » qui interdit aux acteurs de s’adresser au public devient une injonction aux peintres : non pas montrer, mais laisser voir. Voyeurisme et effraction deviennent alors les postures privilégiées du spectateur face à la toile.
    Cependant le modèle de la scène entre lui-même en crise : « L’Antre de Platon » et la « Promenade Vernet », les deux textes les plus célèbres des Salons, cherchent alors à le dépasser et à penser le dispositif de la représentation picturale comme le dispositif même de la pensée.

http://galatea.univ-tlse2.fr/pictura/UtpicturaServeur/OeilRevolte.php
Lundi 07 Avril 2008

Jules et Jim, Folio
Deux Anglaises et le Continent, Folio
Carnets, André Dimanche éditeur
Ecrits sur l'Art, André Dimanche éditeur
Don Juan et &, André Dimanche éditeur

 

Photos MK2

Les oeuvres de Franz Hessel

 

 

Romance Parisienne, Maren Sell
Le bazar du bonheur, Calman Lévy
Dernier Voyage, Seuil
Des amants et de leurs erreurs, Seuil


Les oeuvres d'Hélène Hessel

 

 

Journal d'Helen, André Dimanche Editeur

http://xavier.rockenstrocly.free.fr/oeuvres.htm
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